Vous revenez sur ce mot d’Emmanuel Macron… je cite : ‘c’est pure démagogie que de dire qu’il faut arrêter de vendre des armées à Riad’…

Cette phrase appelle deux réflexions. La première, toute simple : est-ce vrai ? La réponse que je vous propose n’est pas celle d’un éditorialiste du service public, forcément droit-de-l-hommiste et bienpensant. Non, il s’agit de droit international. Le TCA, traité sur le commerce des armes dont la France, avec de nombreuses ONG, est à l’origine, prohibe la vente d’armes à des acheteurs qui commettent des crimes de guerre ou des violations de droits humains. Comme les Russes et Bachar El Assad, en Syrie, les Saoudiens ciblent au Yémen des civils, organisent sciemment un chaos humanitaire. Ce constat peut être discuté, voire assumé ! Mais il n’est pas juste de qualifier de ‘démagogues’ ceux qui pensent que la France devrait cesser de vendre des armes de guerre à l’Arabie Saoudite. Emmanuel Macron s’inscrit dans la droite ligne de ses prédécesseurs, même si son action apparait encore plus en contradiction avec l’image qu’il donne de lui-même et de notre pays en se faisant le champion des démocraties libérales. 

Deuxième réflexion ?

Elle a trait aux justifications classiques de ventes d’armes à des pays peu recommandables. Il y a l’emploi bien sûr mais surtout cet argument censément réaliste, que l’on perçoit derrière le propos du président : la compétition mondiale. «Si ce n’est pas nous qui vendons des armes, ce seront les autres». « Si ce n’est pas moi ce sera un autre »: avec cet argument, «on finit par coucher avec sa sœur» disait crument l’ancien patron des patrons Jean Gandois. C’est l’éternel débat entre la vertu et la nécessité, les mains propres et pas de mains du tout ! Une large part de secret-défense continue d’être appliquée autour de ces sujets. Les commissions parlementaires, les députés de la majorité qui se posent des questions ne sont pas très loquaces, sous informés, et les ONG, la presse, qui tentent d’établir des statistiques de ventes d’armes, ont beaucoup de difficultés à le faire. Le secret ici n’est pas tant stratégique, militaire ou industriel que politique. C’est une façon de taire la contradiction, l’hypocrisie criante entre la façade humaniste, vertueuse et l’arrière-cour mercantile et cynique de la question des ventes d’armes. Peut-être, en étant exagérément compréhensif, hyper réaliste, peut-on avancer que la France ne peut pas se dégager de contrats de fourniture et de maintenance d’armes avec les pays producteurs de pétrole, sans se mettre en danger économiquement ou énergétiquement ! Mais alors, le président, par décence, dès lors, devrait plutôt nous opposer un argument froid  du genre «la France défend au mieux ses intérêts», sans plus de commentaires, que de forcer le cynisme jusqu’à traiter de ‘démagogues’ ceux qui ne font que pointer la contradiction béante entre discours et actes : la France vend des armes à un pays qui commet des crimes de guerre. Il n’y a rien de démagogique à le dire, ni même à le dénoncer. Par les temps qui courent, dans un contexte international où les démagogues progressent partout,   le président prend une dommageable responsabilité à galvauder ce qualificatif.

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