Macron et les retraites, ou comment un Président essaye de se faire comprendre au risque d’être incompris.

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © AFP / Boris Roessler

Car à 8000 mètres d’altitude, au-dessus du Piton de la Fournaise, il y a des interviews, comme celle qu’il a donnée à RTL dans l’Airbus présidentiel, qui peuvent être éruptives socialement… Prenons les choses dans l’ordre et décodons les mots utilisés. 

Interrogé sur les retraites et la grève RATP / SNCF du 5 décembre, Emmanuel Macron répond : « Je ferai tout pour qu'on soit en soutien de nos compatriotes qui seraient bloqués, mais je n'aurai aucune forme de faiblesse ou de complaisance ». 

Le Président, avocat des usagers des transports en commun, face à la méchante CGT qui les prend en otage… C’est le jeu de rôle classique, figure imposée virile et bravache, déjà vue, déjà entendue, déjà jouée. Mais le ton, le style, viennent percuter un acte 2 pourtant annoncé comme étant celui du dialogue social renoué. Paradoxe.

Emmanuel Macron dit aussi qu’il veut « aller au bout de cette réforme ». Mais laquelle exactement ? Le grand débat des retraites est une course de lenteur, conçue pour enjamber les municipales, un projet de loi dont aucun ministre ne sait ni quand il atterrira, ni ce qu'il y aura dedans. Chaque Français est un cas particulier et il s’agit, pour l’instant, de n’effrayer personne.

Raide, vous dites, avec pas mal d’inflexions en vue quand même…

Typique du « et en même temps » macronien, multi-messages. Il dit aussi, à propos des régimes spéciaux, que « les droits acquis ne seront pas niés ». Il dit qu’il faut « donner du temps à la transition ». Traduction : le Président se montre - et c'est nouveau - de plus en plus ouvert à ce qu’on appelle la « clause du grand-père » : scénario (beaucoup plus lent, qui s'étalerait sur 40 ans) selon lequel la réforme ne s’appliquerait qu’aux nouveaux actifs, à ceux qui entrent sur le marché du travail. En contrepartie : fini, les régimes spéciaux.

Ferme sur la réforme, humain dans son application ? 

Sauf que ce sont des slogans contradictoires… D’un côté, il « n’oublie pas », comme il dit, « de frotter ses cicatrices », celles laissées par les gilets jaunes. De l’autre, il réaffirme, inflexible, qu’il ira jusqu’au bout. 

C’est là qu’on est tenté de comparer avec Juppé 1995. Mais politiquement, la situation est aujourd'hui potentiellement plus explosive encore ! A l’époque, le texte de loi est déposé, on connait le point d’arrivée, seules les retraites des agents publics et parapublics sont ciblées… Alors qu'aujourd’hui, tout le monde est concerné. 

Emmanuel Macron se met dans la situation où il ne pourra plus reculer, le train est lancé, et toute capitulation aurait un coût politique énorme pour lui. Son message, c’est « négociez maintenant avant de vous faire imposer le changement ». 

Problème : on parle d’une réforme basée sur la confiance, lancée dans un moment de défiance généralisée. Combien de députés interpellés sur les marchés à qui des Français demandent si demain ils toucheront la même chose, si ce fameux "point" dont on leur parle aura toujours la même valeur. 

Une France anxieuse sur les retraites, qui verra aussi changer, vendredi, les règles de l'assurance-chômage : là, pas d'ambiguïtés, les droits vont baisser pour près de 40% des demandeurs d'emploi. Drôle de signal avant d'attaquer les retraites, considérée au gouvernement comme la mère de toutes les batailles.

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