Beaucoup de débats suscités par la crise financière. L’occasion de promouvoir LA « vision française » de la mondialisation. Nicolas Sarkozy va s’engouffrer dans la brèche. Il faut revenir sur le discours de Nicolas Sarkozy de jeudi. Au-delà du formidable numéro politique - on l’a dit - qui permet de mettre de côté des promesses intenables et les objectifs budgétaires inabordables, il y a le discours du Président en exercice de l’Union Européenne. Nicolas Sarkozy veut que le prochain sommet Européen soit consacré aux règles que notre continent devrait adopter pour moraliser le marché. Il entend, sur la scène internationale, devenir le défenseur d’un capitalisme civilisé et encadré. Alors on parle d’un nouveau Bretton Woods pour aboutir à ce que le monde de la finance et celui de l’économie réelle ne soit plus à ce point déconnecté. Ces préoccupations, plus quelques autres -comme en finir avec les paradis fiscaux- étaient, il y a encore quelques semaines, dans le monde anglo-saxon, considérées comme issues de cerveaux de doux rêveurs, d’indécrottables gauchistes ou de pénibles monomaniaques d’un gouvernement mondial. Il se trouve que cette vision des choses sied parfaitement à la France. On peut appeler ça du colbertisme, du capitalisme rhénan, de l’économie mixte - la prospérité française s’est construite sur ce modèle de liberté encadrée par un Etat, parfois investisseur, parfois régulateur, garant d’une certaine solidarité, mais jamais simplement arbitre. Nicolas Sarkozy qui fut un libéral de posture est en réalité un homme d’Etat très français, donc interventionniste. En ce moment, il compte bien utiliser la conjoncture pour faire avancer la vision française du capitalisme dans le monde. Hier, un autre Français a tenu le même genre de propos : Dominique Strauss-Khan. Le patron du FMI dit que son organisation est légitime pour mener à bien ce travail de réglementation des marchés financiers. Au fond, il défend la même vision du monde économique que Nicolas Sarkozy. Mais dans l’interview parue hier dans « Le Journal du Dimanche », Dominique Strauss Khan se permet d’être un brin ironique avec le discours de Toulon, parce que l’on assiste à un retournement de charge de la preuve entre la gauche et la droite. Ces dernières années, c’était en permanence les hommes et femmes politique de gauche qui devaient donner des gages de libéralisme pour être respectés sur la scène économique mondiale. Maintenant qu’Alan Greenspan, l’ancien président de la banque centrale américaine, le pape du laisser-faire, qui a imposé au monde des taux d’intérêts toujours plus bas pour favoriser à outrance le crédit, maintenant qu’il est regardé comme un sorcier maléfique co-responsable du désordre actuel ; les hommes et les femmes politiques de la droite libérale doivent prendre des accents limites guevaristes pour être considérés. On sent bien que le social-démocrate à la tête du FMI goute particulièrement ce retournement de l’idéologie dominante, comme aurait dit Marx, concernant la vision que l’on doit avoir des règles du monde de la finance. Cette position de Dominique Strauss-Kahn change les perspectives de la prochaine élection présidentielle. De nombreux socialistes ne croyaient pas le retour de Dominique Strauss-Khan possible en 2012. D’ailleurs, le courant Strauss-Khanien du PS a piteusement explosé pendant cette période de pré congrès. Les sarkozistes se rassuraient en disant « comment voulez-vous que le patron d’une institution garante du libéralisme mondial devienne le candidat de la gauche française ? » - ça c’était avant la crise. Si DSK revient dans quelques années, et si, comme il le souhaite, le FMI aura participé à la régulation de la finance mondiale, ou si -au moins- il en aura été le promoteur, là ça sera tout à fait autre chose ! Et Dominique Strauss Khan deviendrait un atout maître pour le PS !

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