Oui et ce débat se déroule dans un climat d’hostilité entre droite et gauche, entre droite et droite aussi d’ailleurs, entre le ministère de l’immigration et les associations d’aide aux migrants. Comme toujours, on dirait que tout était fait pour que le débat soit conflictuel. Parce que sans conflits, pas de victoire politique possible. Et on a trop l’impression que la victoire politique est recherchée avec plus d’avidité que la réforme. Comme toujours et de la même façon que nous n’arrivons pas à débattre sereinement des retraites, la loi sur l’immigration va s’élaborer dans la douleur, l’invective et la caricature binaire. Il pourrait très bien en être autrement. Même si l’on considère qu’il n’y a pas besoin d’une cinquième loi en sept ans, même si l’on considère que les premiers problèmes d’immigration en France sont des problèmes de ghetto, de logements sociaux, de conditions d’accueil, de crédit pour l’alphabétisation, même si l’on considère que le président est le principal responsable de l’état du débat, d’abord parce qu’il est président et surtout parce qu’il fait tout pour l’hystériser. On doit quand même reconnaître que la France est et sera, même après l’adoption des lois en discussion, l’un des pays, si ce n’est le pays le plus accueillant d’Europe comme l’attestent les chiffres d’Eurostat et comme le soulignait hier dans Le Monde, le patron de la division des migrations internationales de l’OCDE. Les conditions de vie des migrants en France sont encore parmi les moins mauvaises en Europe. On dénonce souvent (et à juste titre) les outrances sécuritaires et l’utilisation politicienne du thème de l’immigration par le pouvoir actuel mais, sans renvoyer tout le monde dos à dos, les opposants habituels au président sur ce thème ont quand même tendance à décrire une situation de l’immigration en France avec des termes, on y revient toujours (le point Godwin), qui évoquent abusivement la dernière guerre. Il serait, en outre pas très honnête de penser qu’il n’y a pas de problème de mariage gris, d’abus de courts séjours ou d’employeurs de sans-papiers en France. Et c’est un thème forcement sensible et épidermique !Oui mais le problème c’est que finalement, on dit ça à chaque fois de toutes les réformes, sur tout les thèmes. Nous sommes englués dans la culture du conflit et de l’escalade verbale. Sur la question de l’immigration on aurait pu tout poser sur la table, très concrètement ; au lieu de cela il y a eu le discours de Grenoble qui est venu tout polluer. Le lien établi entre immigration et insécurité, et pour achever de tout gâcher le président qui fait ajouter la disposition de déchéance de la nationalité qui ne concernera que très peu de monde, qui sera peut être anticonstitutionnel et surtout qui écorne les principes républicains et le droit du sol qui veut qu’un Français de cinq minutes est autant français qu’un Français de souche. En réalité tout le discours qui accompagne cette loi tend à distinguer entre les français, comme si « français » pouvait être une qualité plus ou moins parfaite ; et c’est là qu’Eric Besson réintroduit le débat sur l’identité nationale en expliquant que ce texte vise à faire de « bons Français ». Il y aurait donc de « bons Français » et de « mauvais Français » et une loi pourrait faire le tri ! Eric Besson aura beau rappeler que ses prédécesseurs socialistes ont tous durcit (ce qui est vrai) les conditions d’immigration en France, créant par exemple les centres de rétention, il sera toujours pris en otage par le discours sécuritaire, identitaire et clivant qui a accompagné chacune des cinq lois sur le sujet en sept ans et par l’intitulé même de son ministère de l’immigration et de l’identité nationale.

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