Hier s’est déroulé le deuxième débat entre les socialistes, sans véritables affrontements, du moins entre les deux favoris !

Oui, ni même d’écarts programmatiques assez saillants entre Martine Aubry et François Hollande susceptibles de renseigner les hésitants. Leur passe d’armes au pistolet à bouchons sur le contrat de génération avait plus à voir avec un débat d’experts en mécanique sociale qu’avec un affrontement entre deux conceptions présidentielles opposées. Dans une paisible ambiance de tutoiement qui ressemblait à ce que serait une réunion de la section PS des Sœurs de la Charité, les socialistes ont donc réussi à occuper à leur avantage le terrain pendant que l’actualité de droite tournait toujours autour des affaires. Encore une fois, Arnaud Montebourg et Manuel Valls auront pu tirer avantage du débat. Eux, se sont affrontés un peu rudement, (au pistolet à eau, disons !) sachant que cette audace n’insultait pas l’avenir puisqu’ aucun des deux ne devrait être, à la fin, le candidat désigné. Jean-Michel Baylet, lui s’est livré à un exercice plutôt sympathique d’enfonçage de portes ouvertes humanistes, de truismes républicains qui ne font pas de mal à rappeler de temps en temps mais qui ne peuvent tenir lieu de programme. Revenons aux deux benjamins (qui approchent quand même de la cinquantaine) : Arnaud Montebourg est le seul à développer des thèses alternatives à la rigueur ambiante. Protectionnisme européen, démondialisation, ce sont des solutions qui paraissent peu compatibles avec le programme originel du parti socialiste. Etant le seul à tenir un discours que l’on pourrait qualifier de néo-mélanchonien, il pourrait en bénéficier dans les urnes des primaires le 9 octobre.

On a vu aussi Manuel Valls cultiver sa dissidence par rapport au programme socialiste

Oui mais, mise à part la question de la TVA sociale, Manuel Valls se distingue maintenant surtout sur le thème de l’immigration. L’immigration choisie, un discours de fermeté sur les sans papiers, des propos volontairement dépourvus de la compassion minimum qui sied au discours habituel des socialistes. Il se distingue encore une fois en passant par la droite de son parti. Ce qui ne devrait pas manquer d’inquiéter l’aile gauche puisque ce que pensent et ce que disent aujourd’hui les principaux responsables socialistes sur la sécurité ou même sur la dette avait été d’abord exprimé par Manuel Valls ces dernières années. Plus généralement, ces débats de la primaire constituent une formidable tribune pour les socialistes qui sont en train de prouver (même si l’épreuve de vérité aura lieu au lendemain de la désignation de l’un d’entre eux et de leur capacité à se réunir) que la primaire n’est pas la machine à perdre, la boite à baffes que leurs détracteurs dénonçaient. Pour les socialistes, ces débats ont du bon, pour le débat d’idées, en revanche, on reste sur sa faim. C’est un exercice finalement assez facile, quatre heures d’antenne à la télé et à la radio, bientôt six heures, de rabâchage sans contradicteurs journalistiques ou politiques. Personne pour contester des chiffres ou des faits en direct, ou pour mettre le doigt sur des contradictions. Un bel exemple de hold-up médiatique, légal et très rentable, qui va sûrement faire réfléchir toutes les autres formations politiques pour 2017, quoiqu’elles en disent aujourd’hui.

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