M.Valls affine son identité. Il n’est plus vraiment social-démocrate, pas social-liberal, mais « social réformiste » dit-il. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Dans son esprit, ça veut dire remettre la gauche en mouvement. Mais ça ne répond pas encore à la question principale : pour aller où ? Parce que « baisser le chômage et retrouver la croissance » (les objectifs affichés) c’est aussi le but de la droite. A gauche, les uns diront que Valls trahit son camp, les autres expliqueront qu’il veut le régénérer. Il y a toujours eu deux gauches : la gauche révolutionnaire et la gauche réformiste. La première a toujours été considérée par la seconde comme inefficace ou liberticide. Et la seconde est vue par la première comme traître, tout simplement ! Ça dure depuis la controverse Jules Guesde/Jean Jaurès en 1900. Le mot « réformiste » a alimenté, à gauche, un siècle de débat théorique ! M.Valls n’invente rien, mais en redéfinissant le réformisme, en créant le «social-réformisme», il prône un socialisme démocratique actif, qui ne mise pas tout (comme les socio-démocrates) sur les partenaires sociaux. Constatant qu’en France, la social-démocratie n’a pas de bras (syndicat et patronat préfèrent l’affrontement à la négociation), M.Valls, (aussi par tempérament) pense à un réformisme d’Etat, plus autoritaire, passant par la loi qui, en plus, serait raccord avec l’esprit de nos institutions.

Il oppose son réformisme au conservatisme de la gauche radicale et des frondeurs du PS…

Oui, c’est une façon de répondre à l’accusation de dérive libérale. La gauche étant théoriquement le parti du mouvement, il renvoie l’argument de conservatisme à cette gauche du statu quo. Historiquement, les deux gauches s’affrontaient sur la méthode, pas sur le but (la controverse Guesde/Jaurès s’appelait d’ailleurs la guerre des deux méthodes). Aujourd’hui, le problème de la gauche, dans son ensemble, c’est qu’elle n’est plus en mesure d’inventer des horizons enchanteurs. L’utopie en a pris un coup au XXème siècle. Le socialisme (révolutionnaire ou réformiste) n’en est plus à vouloir transformer la société. La gauche radicale d’aujourd’hui veut conserver ou renforcer les acquis des réformistes d’hier, la gauche réformiste, qui s’autoproclame aussi la gauche du réel, entend adapter (certains diront soumettre) le pays au libéralisme dominant. Mais le réformisme semble réformer sous pression d’une réalité qu’il a fini par renoncer à changer. Les gauches, réformistes ou pas (Valls et Mélenchon dans leur démarches opposées), ne semblent pas se livrer une guerre de la méthode comme Guesde et Jaurès. Leurs buts sont différents ou flous. L’un veut conserver une République sociale à bout de souffle, l’autre, veut la détricoter. C’est simple, il manque à la gauche l’horizon, l’utopie, la définition du nouveau souhaitable qu’il faut rendre possible. On le pressent, ce but peut être l’écologie… mais là encore, c’est vécu comme une contrainte, une adaptation à des circonstances subies et angoissantes. En se targuant de réformisme sans pouvoir désigner d’autre but que celui de retrouver une croissance à l’ancienne, Manuel Valls en est réduit à faire de la stratégie. Pas de la politique.

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