Ce matin, vous vous intéressez à un aspect de l’enquête de l’Observatoire de la démocratie avec Viavoice, la Fondation Jean Jaurès et la Revue Civique : le non-cumul des mandats…

Les Français y sont très favorables, on s’en doutait mais les chiffres sont sans appel. 78% des sondés estiment que l’on devrait appliquer un stricte non cumul des mandats, c’est-à-dire ne permettre qu’un seul mandat à la fois, quel qu’il soit. Cet avis tranchant est sans doute le fruit du fort ressentiment d’une opinion défiante à l’égard des politiques. Il faudrait reposer cette question avec, en corollaire, tout ce que l’application d’un strict non-cumul supposerait : c’est-à-dire un vrai statut de l’élu qui permette de sécuriser professionnellement et socialement, de mieux rémunérer ceux qui ont été choisis par le peuple pour les représenter localement : maire, conseillers municipaux et territoriaux. Mais au-delà de l’aspect punitif que représente ce plébiscite pour le non cumul, il y a une volonté de remettre la politique au service du bien commun, alors que les élus et les appareils partisans apparaissent de plus en plus comme vivant par et pour eux-mêmes.

Mais le principal argument des tenants du cumul, c’est l’ancrage local, l’ancrage dans le réel.Oui, un député légifère mieux si, en plus, il est maire, donc s’il connaît la vraie vie, le terrain… Cet argument, rabâché est, en fait, assez spécieux. Comment justifier d’être un meilleur maire ou un meilleur législateur à mi-temps ?

Rappelons que le député doit amender et voter la loi, contrôler son application et l’action de l’exécutif. Les lois, de plus en plus complexes pour réguler une économie et une société en perpétuelle évolution, devraient plutôt être rédigées, évaluées et adoptées, par des élus dédiés, et plus par des notables locaux qui viennent à la Chambre (comme on disait autrefois) surtout le mercredi, pour s’agglutiner autour du micro de celui qui aura la chance de poser une question au ministre, afin d’être dans le cadre des caméras de France3.

Pour ce qui est de l’ancrage, de la connexion avec le réel…pas besoin d’être un demi-maire, il vaut mieux être un citoyen parmi ses concitoyens, membre d’une association de quartier ou caritative, avoir une vie en dehors des fonctions officielles qui masquent toujours un peu la vérité des choses et des sentiments.

Si les sénateurs ou les députés allaient parfois chercher leurs enfants à l’école, s’ils étaient délégués de parents d’élève, visiteur de prison, trésorier d’un club de foot local, membre d’un groupe de théâtre, d’une chorale, bref, s’ils avaient le temps et le goût de vivre comme tout le monde et donc de rencontrer parfois leurs concitoyens sans relation de pouvoir, sans se demander si une discussion avec un voisin, un commerçant peut être électoralement rentable… et sans que ce voisin ou ce commerçant se demande « qu’est-ce que je peux obtenir de lui ? », là, il serait ancré dans ce réel dont il se gargarise alors qu’il passe sa vie dans le TGV, d’une situation de représentation à l’autre. Prendre le temps de faire aussi parti du réel plutôt que de vouloir en être forcément l’organisateur ou le représentant, voilà peut-être ce qui pourrait rapprocher les élus des Français et inversement.

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