Le face à face Edouard Philippe/Jean-Luc Mélenchon, hier soir, sur France 2, a matérialisé un clivage nouveau dans le débat politique français…

Oui et plutôt que de compter les points d’un duel qui consistait –pour les duellistes- à constater poliment leurs différences de fond, il est plus intéressant de remarquer qu’en effet, ce moment caractérisait la France politique telle qu’elle semble se réorganiser sous nos yeux. Nous avions face à face les 2 représentants des 2 forces valides du pays, bénéficiaires du chamboule tout du printemps 2017. Ce fut le vis-à-vis courtois de 2 parties assez satisfaites (ils avaient du mal à le cacher) du caractère complémentaire de leur duo. Le FN est en crise de leadership, LR (les républicains) sont en crise, disons, de positionnement. Ils se déportent vers la droite non sans dégâts en leur sein. Le PS cumule toutes les crises : ligne et leadership. Reste donc La FI et LREM, en miroir, avec leurs chefs incontestés, leurs programmes, leurs troupes et leurs dynamiques. L’une et l’autre, à des degrés divers, ont pour particularité de se départir de leur étiquette d’origine (centre droite et gauche pour LERM et gauche de la gauche pour la FI). Ils prétendent, tous les deux, réinventer le progressisme sur des bases radicalement opposées. Mais si leur opposition est limpide, on peine encore à décrire ce clivage avec des mots neutres, ni valorisants ni disqualifiants. Le nommer c’est prendre parti : avec un tropisme LREM on dirait que ce clivage oppose ouvert contre fermé, bienveillants-optimistes versus enragés-râleurs, dynamiques contre conservateurs (JL Mélenchon a d’ailleurs assumé, hier, être conservateur sur les questions sociales). Si, à l’inverse, on met les lunettes de la France Insoumise, on dirait plutôt que le clivage oppose individualisme contre solidarité ou alors mondialisme sauvage versus souveraineté populaire… Aucun terme synthétique et neutre ne vient encore à l’esprit pour remplacer les traditionnelles droite et gauche…

On pourrait tout simplement considérer que a République en Marche et la France Insoumise sont la nouvelle droite et la nouvelle gauche ?

Oui mais ça ne fonctionne pas … Par exemple, l’objectif scandinave et émancipateur d’E.Macron (qui, c’est vrai, tarde à se voir) ou le souverainisme autoritaire de JL Mélenchon (qui lui se voit de plus en plus) ne rentrent pas dans les canons classiques de la droite et de la gauche ! Mais une fois que l’on a constaté la prééminence de ce clivage qui reste à nommer, est-on bien sûr qu’il correspond à la réalité du rapport de force des opinions en France ? Au 1ertour de la présidentielle, ces 2 forces n’ont réuni que 43% des votants. JL Mélenchon n’était que 4ème et le 2nd tour proposait un autre clivage, avec le FN. Le duel au sommet, en ce moment, arrange bien les duellistes mais il est le fruit d’une actualité très économique et sociale et de la convalescence des autres acteurs, singulièrement des droites. Le paysage politique n’est pas encore stabilisé, sa nouvelle cartographie n’est pas encore tout à fait lisible. Alors devant le débat d’hier soir, on avait le vague sentiment d’être face à un trompe l’œil politique.

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