Le gouvernement en fait-il assez pour éviter des attaques terroristes ? A chaque attentat, la question alimente les débats, fournit, des arguments de choix aux opposants, surtout à droite et à l’extrême-droite.

Cette question est néanmoins légitime puisqu’en matière de terrorisme, il ne faut cesser de s’interroger sur l’état des mailles du filet. 

Faut-il forcément un renforcement de l’arsenal répressif ? Déjà 28 lois antiterroristes en 30 ans ! Mieux que les lois qui se voient, il y a les adaptations qui, en général, ne se voient pas. 

Il s’agit de renseignement, de surveillance de lieux de culte, de clubs sportifs, pour repérer les pôles de radicalisation… et la veille numérique sophistiquée pour cibler les individus qui pourraient passer à l’acte. L’attaque de l’église de Saint-Etienne de Rouvray, par exemple, a révélé des défauts des services de renseignement…

Pas grand-chose à voir avec un arsenal répressif, donc… 

Non, ceux qui demandent de fermer les frontières, de renvoyer plus d’étrangers, de refuser plus largement l’asile, en demanderont toujours plus et finiront par considérer tous les migrants comme des affabulateurs prêt à se radicaliser, alors que la plupart, justement, fuient la radicalisation. 

Les sécuritaires démagogiques n’arriveront jamais à éviter qu’un individu fanatisé prenne une voiture pour foncer dans la foule ou saisisse une feuille de boucher pour tenter un massacre. Quel filet de renseignement humain ou numérique, quel policier peut arrêter ça… sauf par hasard ? 

Si le progrès de la sécurisation d’une société était une courbe, elle serait asymptotique… c’est-à-dire que même en tendant vers l’idéal de sécurité absolue, elle ne l’atteindrait jamais et la différence entre la sécurité réelle et la sécurité totale, serait encore insupportable et sujet à polémique. Parce que l’attaque de vendredi (comme d’ailleurs celle, beaucoup plus tragique, de la promenade des Anglais en 2016) est d’une tout autre nature que Charlie, l’Hyper Cacher et le Bataclan. Les attentats, de 2015 que l’on appelle ‘attentats projetés‘, c’est-à-dire organisés, commandités de l’extérieur, auraient pu, dû, être évités avec une surveillance plus fine. Non pas avec des lois plus sécuritaires.

Ces attentats correspondaient aussi à un autre rapport de force en Syrie où l’Etat Islamique était encore puissant. Depuis, beaucoup d’attentats projetés ont été déjoués. Mais il n’y a pas de risque zéro et une société plus cadencée, une société qui mettrait en œuvre toutes les mesures sécuritaires, proposées par les profiteurs politiques du terrorisme, ne serait plus un Etat de droit. L’arsenal législatif est suffisant disent les juges anti-terroristes… Il faut, en revanche, des adaptations permanentes en matière de renseignement. On se demande toujours si les lois sont assez dures pour éradiquer totalement le terrorisme, on ne se demande jamais (ou très peu) ce que serait notre pays si ces mesures étaient réellement en vigueur. 

Il ne serait plus un pays de Liberté. Et un pays de liberté… n’est-ce pas justement ce que cherchent à détruire les terroristes ? 

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