Martine Aubry a parasité, hier, la visite de Claude Guéant à Marseille sur le thème de la sécurité.

Au vu des résultats médiatiques de cette opération éclair, on peut dire que c’est un beau coup. Martine Aubry aura réussi à ruiner en partie la journée du ministre de l’Intérieur. Mais c’est un coup.

Cette méthode qui consiste à sauter sur les faits d’actualités, c’est ce qu’une partie des socialistes reprochait à Ségolène Royal, et ce que tout le monde reprochait à Nicolas Sarkozy, le fameux « coup d’éclat permanent ». Alors, c’est vrai, soyons justes, quand Martine Aubry était un peu en retrait, on disait : « elle n’est pas réactive, elle n’y arrivera jamais ». De même, depuis que Nicolas Sarkozy a pris de la distance et a cessé de sauter sur Kolwezi tous les matins, on dit : « il se défausse, il laisse son Premier ministre annoncer les hausses d’impôt et c’est son ministre de l’Intérieur qui doit endosser les échecs en matière de sécurité ». Au-delà de la façon de faire de la politique, Martine Aubry a donc choisi le thème de la sécurité pour entrer, en défonçant la porte, dans la campagne des primaires. C’est un signe des temps et la marque d’une évolution notable du parti socialiste. La sécurité est un thème de droite par excellence, comme la bêtise est de Cambrai ou le Calisson d’Aix. Mais ce n’est plus si simple. Depuis plusieurs années, depuis notamment la campagne de Ségolène Royal, la gauche s’est « désangélisée » sur les questions de sécurité.

Par exemple les villes de gauche s’équipent largement en caméras de surveillance.

D’ailleurs Lille, la ville de martine Aubry, n’est pas en reste et des personnalités socialistes comme Jean-Jacques Urvoas, François Rebsamen ou Manuel Valls ont des accents sécuritaires qui fleurent bon le discours des adeptes de la sûreté républicaine d’antant, à la Jules Moch. La gauche a payé cher, notamment le 21 avril 2002, un désintérêt un peu hautin de la question. Les manips politiciennes et électoralistes, les Papy Voise, les ouvertures anxiogènes des 20H de TF1 ont trop longtemps maintenu la gauche dans la théorie du complot. « L’insécurité à outrance c’est de l’exploitation politique de droite » disait la gauche. Ce n’était pas entièrement faux mais ça n’aurait pas du exonérer les socialistes d’ouvrir les yeux. Et puis, au fil des années, le PS perdait les élections nationales sur ce thème maudit, mais gagnait les élections locales, toutes les élections locales sur des thèmes sociaux. Du coup, à la tête de toutes les régions sauf une, de 60% des départements et de la plupart des grandes villes, des milliers d’élus socialistes de terrain ont découvert l’urgence sécuritaire. Il était temps! Alors si dans le discours de la gauche d’aujourd’hui sur la sécurité, il y a aussi les questions sociales, le logement, l’éducation, tout ce qui concerne les causes de la violence, les racines du mal viennent maintenant en seconde position parce que bien souvent, mettre en avant le contexte peut être pris comme une façon d’excuser les délinquants. L’échec de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité relève finalement de la même erreur que celle commise par la gauche pendant des années. La gauche était angélique parce qu’elle confondait « insécurité » et « sentiment d’insécurité ». Nicolas Sarkozy a fait de même, à sa façon. En pensant qu’il allait résorber le problème de la sécurité en procédant par annonces successives, coups de menton et politique du chiffre artificiel, le Président combattait un sentiment, pas une réalité. Changer un sentiment peut suffire pour gagner une élection, pas pour régler les problèmes.

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