Le traité européen met à mal la cohérence de la majorité .

Oui et c’est bien normal parce que ce traité, négocié et signé par Nicolas Sarkozy et auquel les socialistes s’étaient opposés, est au mot près celui que doit ratifier le Parlement début octobre. Souvenez-vous pendant la campagne, le candidat Hollande avait pourtant promis de renégocier l’accord, de le modifier. Ça ne s’est pas fait, Angela Merkel ne l’a pas voulu. En revanche, il a, c’est vrai, obtenu un pacte dit de croissance qui reste à mieux définir mais qui lui permet de parler de « réorientation » de la politique européenne. La France s’apprête néanmoins à adopter un texte qui lui impose la règle d’or dont le candidat Hollande ne voulait pas non plus. En terme de revirement contraint ça commence à chiffrer et l’on se dit qu’heureusement pour lui, tout ça arrive en début de mandat ! Le Front de Gauche, qui est le seul mouvement politique de la gauche ne regroupant que des anciens « nonistes » du référendum de 2005, saute opportunément sur l’occasion pour réclamer un référendum en guise de ratification. L’argument a du poids ! On souligne assez le déficit démocratique européen. Heureusement (encore!) pour François Hollande, légalement la voie parlementaire est suffisante, le Conseil constitutionnel l’a affirmé cet été. Le Président a donc le droit avec lui mais il a la politique contre lui. Jean-Luc Mélenchon aura beau jeu de s’insurger contre ce qu’il appellera un « hold up démocratique » (on lui fait confiance, il trouvera des expressions encore plus imagées). Cela dit, si l’attitude très critique du Front de Gauche n’est pas confortable pour François Hollande, elle ne remet pas en cause l’équilibre de la majorité.

Pour les écologistes c’est différent… Ils sont astreints à la solidarité de la majorité.

Oui, parce qu’ils ont deux ministres au gouvernement. Ils comptaient sur une renégociation du traité ou au moins sur des contreparties sociales et démocratiques plus fortes, le discours très « croissance » sans contenu précis de François Hollande ne les séduit pas particulièrement ! Cécile Duflot et Pascal Canfin vont tout faire pour que les parlementaires de leur parti ne votent pas contre le traité, pour qu’au pire ils s’abstiennent, mais il leur faut obtenir en échange de vraies promesses de réorientations de la politique européenne. Les socialistes qui ne sont pas non plus unis sur cette question ont plus à perdre que les écologistes à un éventuel départ des ministres verts sur un tel sujet. En réalité, ce sont les socialistes qui sont fautifs depuis le début. Ils n’auraient pas dû affirmer qu’ils allaient renégocier ce traité alors qu’à l’évidence, ce n’était pas possible. Au moment où il a été élaboré, François Hollande, en son for intérieur n’était d’ailleurs pas favorable à ce que le PS s’y oppose. A partir du moment où le candidat socialiste avait choisi d’avoir comme objectif 3% de déficit en 2013, il aurait était logique d’approuver, dès le début, un tel dispositif et d’affirmer qu’à côté, il fallait faire un pacte de croissance. C’est ce qui s’est passé et c’était parfaitement prévu, en triple off, par beaucoup de responsables socialistes. Bref « dire ce que l’on va faire et faire ce que l’on a dit » c’était un beau slogan de Lionel Jospin. D’une simplicité biblique! Moralité il a perdu, et bien perdu. C’est vrai que ça n’incite pas à la vertu.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.