Vous revenez ce matin sur le scepticisme ambiant qui éloigne la perspective de frappes contre la Syrie.

Oui une bonne majorité de Français est opposée à cette action. Comme une majorité d’Américains ou d’Anglais (pour ne prendre que les ressortissants des pays qui étaient sensés participer aux frappes). C’est d’ailleurs les doutes de l’opinion britannique qui contrecarrent les plans de rétorsion contre Damas. C’est à la fois la grande force et le talon d’Achille des démocraties : l’opinion compte ! En France le scepticisme apparaît sur tout l’échiquier politique. On retrouve ses diverses racines très anciennes, de l’extrême droite traditionnellement isolationniste au PC et aux écologistes à la culture pacifiste bien ancrée, en passant par certains gaullistes toujours méfiants envers l’Amérique et des centristes très sensibles à la stabilité du Proche-Orient. Mais en dehors des ces traditions ancrées depuis l’époque des blocs et de la décolonisation, il y a des raisons plus contemporaines qui expliquent que les Français sont dubitatifs. L’opinion n’a plus tout à fait confiance dans la parole de ses dirigeants sur les questions géostratégiques. Ce domaine qui fut, par le passé, le secteur dur, lourd, le noyau de l’action de l’Etat pouvait être contesté dans ses objectifs mais n’était jamais remis fondamentalement en cause fondamentalement. Les dictatures avaient tort et les démocraties avaient raisons. Aujourd’hui tout ce passe comme si, pour l’opinion, la parole du Président français, les informations des services de renseignements de notre pays, celles des journalistes qui sont allés sur place, n’avaient pas beaucoup plus de crédibilité et de poids que celles d’un dictateur en guerre.

Mais on peut croire en la culpabilité de Bachar Al-Assad et ne pas être pour autant favorable à une intervention !

Bien sûr… Mais quand même, le fort scepticisme de l’opinion concernant les informations de la presse et les affirmations des gouvernements est le fait nouveau et frappant de cette affaire. Nous sommes dans une société de défiance. C’est, bien sûr le legs déplorable de l’administration Bush et de son mensonge d’Etat sur les armes de destruction massives irakiennes, rabâché jusque devant le conseil de sécurité de l’ONU en 2003. George Bush, les néoconservateurs américains et Tony Blair auront été des calamités pour la crédibilité des démocraties ! Cette manipulation a donné un formidable crédit à toutes les thèses complotistes et conspirationnistes qui fleurissaient déjà depuis le 11 septembre 2001. Elle a aussi entamé le crédit de tous les services de renseignements occidentaux, même ceux qui s’étaient démarqués de la CIA. L’arrivée de Barack Obama (opposant à la guerre en Irak) à la maison Blanche en 2008 avait rétabli un certain niveau de confiance en la parole de l’Amérique. Mais les rafales de révélations sur la NSA ont ruiné cette nouvelle confiance. Les affaires Assange et Snowden ont montrées que la France n’avait pas forcément su prendre, vis-à-vis de Washington, une distance qui aurait permis de conserver une plus forte crédibilité dans l’indépendance de son jugement sur ces questions. Et le résultat est là, dilué dans la tendance générale, avec -Internet notamment- une tendance à la perte de crédibilité de toutes les autorités. La parole de nos gouvernants est écoutée avec des oreilles d’abord suspicieuses. On a d’ailleurs pu constater que certains responsables politiques ont cru devoir sur-jouer le doute pour être dans l’ère du temps. Notre scepticisme est certainement aujourd’hui l’arme la plus précieuse du régime syrien.

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