On ne « réforme » plus on « transforme ».

Oui, c’est la consigne de l’Elysée au gouvernement pour parler de l’application du programme. La transformation est à la réforme ce que le non voyant est à l’aveugle ou le léger surpoids au gros… Mais, soyons honnêtes, Emmanuel Macron s’est mal fait comprendre (une faute de communication de sa part et une écoute un peu hâtive de la nôtre) quand il a dit que les Français n’aimaient pas les réformes. Il faut écouter la suite : il ne fustigeait pas un peuple pusillanime, au contraire, il prétendait que les Français sont prêts à de grandes transformations, pour peu qu’il y ait un but, un objectif qui les dépasse. Ce n’était donc pas un constat de dépit et d’impuissance… Le président tente plutôt de réveiller le mythe d’une France audacieuse, et de tuer celui d’une France bloquée, composée de privilégiés jaloux de leurs statuts. Le mot « Révolution » sur utilisé avant l’élection et notamment par E.Macron, jusqu’à en faire le titre de son livre, est un mot de campagne présidentielle, cette période romantique où l’on réveille nos vieux rêves de 89. Mais –une fois élu- le mot « Révolution » n’est plus prisé par le président… pas fou ! Et les Français, eux mêmes, sont tout d’un coup beaucoup moins romantiques quand il faut détailler –pour leur propre situation- tous les aspects de la révolution promise. C’est là que l’on passait, avant de « révolution » à « réforme »…

Avant, parce que maintenant donc, finies les réformes.

En politique les mots sont des véhicules qui changent parfois de cargaison. Jusque dans les années 80, si un candidat prononçait (sur les sujets sociaux) cette phrase « il faut faire des réformes », chacun savait qu’il s’agissait d’avancées sociales, de plus de droits et de protections pour les travailleurs. Les patrons étaient contre les réformes, les ouvriers pour… C’était le sens de l’histoire et du progrès. Aujourd’hui, cette même phrase, « il faut faire des réformes », a muté. On sait qu’il s’agit de dérégulation, d’affaiblissement des droits sociaux. Le mot réforme a changé de propriétaire et de cargaison. Les conservateurs (sur les questions sociales, s’entend) sont à gauche… A tel point qu’on a pu entendre, le weekend dernier, Jean-Luc Mémenchon s’adresser aux petits patrons. Il tentait de les rassurer à son propos en leur expliquant qu’avec la France Insoumise, je cite… c’est le terme choisi par Jean-Luc Mélenchon…face au désordre libéral « vous aurez la stabilité législative » pour le code du travail. Mais revenons à l’exécutif. Il délaisse le mot « réforme » et son mauvais fumet et préfère donc celui de « transformation »… censé être moins comptable et plus ambitieux à la fois, donc plus acceptable. Mais pour l’instant, tant que le but politique d’E.Macron n’est pas limpide pour les Français, ce terme « transformation » ne pourra se charger d’aucune cargaison positive… On y revient toujours : il est urgent pour le président de donner du sens à son action, à ce que nous nous continueront à appeler des réformes… parce que, quelle que soit l’acception politique du moment…en français de France, c’est bien de réformes dont il s’agit. Mais nous, Nicolas, nous ne sommes qu’en léger surpoids…

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