Comment distinguer un lobby de ce qui n’en est pas?

Bien des amalgames sont entretenus d’abord par les lobbyistes eux-mêmes. Le lobbyisme est un métier respectable et réglementé (mal visiblement) mais il ne faut pas l’assimiler aux activités militantes, syndicales ou associatives. Ces derniers jours, les lobbyistes expliquent qu’ils font tout comme les ONG, lorsque le ministre  de l’Environnement veut réformer, il doit bien recevoir toutes les parties, recueillir les avis de tout le monde. Mais cette assimilation est trompeuse. Un lobbyiste est payé par une entreprise, pour défendre des intérêts particuliers, commerciaux et non pas une cause ou même une activité comme la chasse. Thierry Coste, présent à l’Elysée – de façon inconcevable et même indécente- au dernier stade de la décision sur la réforme de la chasse, n’est pas défenseur des chasseurs mais lobbyiste de l’industrie de l’armement de la chasse. En défendant les intérêts de cette industrie, il se présente comme protecteur de la chasse, cette activité ancestrale et populaire mais, en fait, pour cela il y a les élus des fédérations de chasseurs.

Mais Greenpeace, une ONG, embauche bien des lobbyistes !

Oui ... les ONG n’ont pas que des bénévoles, elles recrutent aussi chez des professionnels rompus aux techniques d’influence des cercles du pouvoir. Ils sont techniquement lobbyistes,  seulement ils ne défendent pas des intérêts mais une cause. Pascal Canfin, ici présent, patron de WWF n’est pas payé par de riches Pandas ni de puissants flamands roses mais par des donateurs soucieux de la biodiversité, un bien commun. Il y a, c’est vrai, des lobbyistes, par exemple de l’industrie éolienne. Ils sont payés par les fabricants d’éoliennes. Il ne faut pas les confondre avec les militants écologistes favorables à l’éolien. La consultation des uns et des autres par le pouvoir ne doit pas se faire dans le même cadre et au même moment. Un lobbyiste de l’industrie éolienne ne prendra pas l’intérêt général en compte et tentera de favoriser l’implantation de ses grandes hélices même là où elles défigurent le paysage. Le militant écologiste sera sensible à des arguments beaucoup plus larges. Les syndicalistes non plus ne sont pas des lobbyistes. Ils ont un mandat, ce sont des partenaires sociaux parfois mêmes associés à la gestion de certains fonds publics. Ils participent à des négociations codifiées. On peut déplorer leur faiblesse ou redouter leur puissance... mais les assimiler à des lobbies est un non-sens. L’amalgame est fait quand, pour diverses raisons, des syndicats professionnels (la FNSEA par exemple) apparaissent en cheville avec certaines industries liées à leurs activités. Les syndicalistes (patronaux ou salariés), les associatifs, les militants politiques, sont des corps intermédiaires, de l’huile dans les rouages de la démocratie quotidienne. Rien à voir avec les lobbyistes qui ne sont utiles qu’à leurs clients. Que les lobbyistes tentent l’amalgame, soit... mais que des politiques fassent de même quand ils expliquent - on l’entend beaucoup ces derniers jours - qu’ils rencontrent Greenpeace, au même titre et dans les même cadres, que des lobbyistes de l’industrie pétrolière, c’est le signe –pour le coup-  que les lobbies en France ont pris trop de place dans les cercles du pouvoir.

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