J-6 et la France aura un nouveau président ou une nouvelle présidente. En attendant, dans cet entre deux tours, se déroule une campagne extra-ordinaire, au sens étymologique, qui sort de l'ordinaire. D'ordinaire, les deux candidats à la présidentielle restés en lice passent 15 jours à rassembler ! Ils ouvrent leurs bras, leurs meetings, éventuellement leur futur gouvernement. Le favori tente de consolider ses positions et le challenger fait mouvement. Mais il y a rarement de nouveaux faits de campagne. Or cette fois, ça bouge. Extraordinaires les ralliements de l'entre deux tours ; Arlette laguiller donnant une consigne de vote pour le 6 mai, c'est extra ordinaire ; voir un ex membre de la direction du PS tenir discours en tribune pour s'auto flageller, s'excuser, et tourner casaque, Eric Besson en début de semaine dernière, est pour le moins extra ordinaire. Que Bernard Tapie, puis Michel Charasse s'affichent également avec le candidat UMP par haine, ou désaveu de Royal est assez peu banal, si l'on considère que les sus cités ne sont pas des peoples comme les autres à pouvoir passer de Mitterrand à Chirac pour s'arrêter sur Sarkozy. Mais extraordinaires du coup, les clivages que la confrontation Royal/Sarkozy révèle dans la société française. L'interview ce matin de Lilian Thuram dans "Libération" pour dénoncer une nouvelle fois les "peurs réveillées" par Nicolas Sarkozy est édifiante. Extra ordinaire, le débat Royal/Bayrou. Inédit sous la Vème république, ce dialogue organisé samedi a donné lieu à un échange courtois d'idées, une confrontation polie de valeurs et de programmes. Il pourrait déboucher à terme sur une vraie recomposition politique. En dehors des batailles d'appareil, ce ne serait pas un effet médiocre de cette campagne. Extra ordinaires aussi les tensions que ce débat a générées. Nicolas Sarkozy a peu apprécié, c'est un euphémisme, d'être en dehors pendant quelques jours de l'oeil du cyclone médiatique, quand il est convaincu d'imposer les thèmes, le rythme, les images de la campagne. Résultat : "pressions insupportables pour tenter d'empêcher ce débat" a accusé la socialiste, "elle bavasse dans les grands hôtels" a rétorqué le candidat UMP. Ambiance... Alors que peut-on attendre d'extra ordinaire de cette ultime semaine ? Les dernières démonstations de force de l'un et de l'autre, les dernières promesses inconsidérées ; le candidat UMP hier a pris une longueur d'avance à Bercy en assurant qu'il "restait 8 jours pour créer le pays le plus prospère du monde", nous verrons si à Charléty demain Ségolène Royal peut promettre plus. En fait, ce qui reste d'extra ordinaire, c'est le fameux vrai débat entre les 2. 12 ans que les Français n'ont pas eu droit à un tel débat, mais surtout extra ordinaire car pour la première fois, il verra la confrontation d'un homme et d'une femme. Et alors ? s'est étonné hier Nicolas Sarkozy... réduire Madame Royal à sa féminité est un réflexe machiste. Quand on entend Michèle Alliot-Marie dénoncer celle qui "change d'idée aussi souvent que de jupe", on se dit pourtant que personne n'est à l'abri de réflexe machiste. Extra ordinaire ce débat car l'élection présidentielle pourrait bien se jouer ce jour là, à ce moment là. 6 mois de campagne pour l'un et l'autre et un couperet de 2 heures qui scelle leur sort.

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