Nicolas Sarkozy a dévoilé hier ses plans pour le grand Paris. Ce sont des projets d'infrastructures, des pôles d'excellence et de transports pour dans dix ans, des idées d'aménagements un peu pharaoniques qui vont jusqu'au Havre, mais assez enthousiasmantes, établies par les 10 architectes auxquels le président avait confié la mission d'imaginer un nouveau paysage urbain pour un très grand-Paris avec, là où c'est possible, cet enchevêtrement de la nature dans la ville, et cette ambition : en finir avec les banlieues. L'architecte Roland Castro, hier, semblait plutôt content de retrouver sa façon de parler de la cité dans la bouche du président. On se plaint souvent de notre tradition néo bonapartiste dans bien des domaines mais, finalement, quand il s'agit de grands projets d'aménagement du territoire d'ampleur nationale, seul le pouvoir central a l'autorité pour les impulser, même si le Président de 2009 n'est plus le Général de Gaulle de 58, de l'époque des plans quinquennaux, des préfets qui géraient sans partage départements et régions. Mais le président a repoussé l'idée de faire du Grand Paris une collectivité locale en soi. C'est plus difficile, semble-t-il, de faire une nouvelle collectivité Grand Paris que de réaliser le rêve d'Alphonse Allais de mettre la ville à la campagne ! Pourtant, un bouleversement institutionnel aurait été souhaitable. Résumons : L'Ile-de-France est une région de 12 millions d'habitants. Paris, 2 millions, l'agglomération parisienne, 8 à 9 millions. La logique voudrait que l'on crée une grande municipalité ou un super département ou une petite région, à la limite une puissante communauté de communes, bref quelque chose qui englobe, toute la partie urbanisée de la région. C'est-à-dire l'ensemble incohérent, mais qui devrait l'être, sur lequel vivent 8 millions de personnes. Ça impliquerait de supprimer les trois départements autour de Paris (qui est aussi un département). Imaginez, par exemple, que la manne incommensurable de la taxe professionnelle d'un quartier comme celui de la défense, situé dans les riches Hauts-de-Seine, puisse aussi profiter, par une péréquation naturelle à la Seine-Saint-Denis. Ce serait la moindre des choses parce que, quelle est la réalité des franciliens, chaque jour ? Cette fameuse France qui se lève tôt (vous vous souvenez) on la trouve en masse dans l'Est de la région, là où les loyers sont moins chers. Elle se lève tôt pour prendre un métro bondé ou le RER. Elle traverse Paris sous terre pour ré-émerger à l'ouest de la capitale, là où se trouvent les emplois. Le soir, c'est la transhumance inverse. Metro-Boulot-Dodo ! C'est bien le slogan inventé pour décrire la vie des franciliens. Il serait logique que toutes les politiques de transports, de logements et d'infrastructures de l'ensemble de l'agglomération soient gérées par une super entité et que les actuelles municipalités et les arrondissements parisiens en soient des sous ensembles. Le maire ou le président de cette entité serait l'égal des maires de Londres, New-York ou Tokyo. Ce serait logique mais ça ne se fera pas ! Et pourquoi ? D'abord parce que les députés sont aussi des élus locaux. Ils ne voteront jamais un tel bouleversement. Le PS, mais aussi beaucoup d'élus UMP, préfèrent le système de « Paris Métropole » de Bertrand Delanoë, une association thématique et à géométrie variable de collectivités locales. Ensuite, celui qui serait à la tête d'une telle entité serait très puissant, ferait forcément de l'ombre au Président de la République et aux vues de la sociologie de l'agglomération parisienne, il aurait de bonnes chances d'être de gauche ! Impossible à envisager pour Nicolas Sarkozy.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.