Quand les politiques se lancent dans la cuisine électorale.Alors que la marée noire dans le golfe du Mexique et l’angoissante crise grecque font la une de l’actualité, l’information dans les pages du Figaro hier, que nous avons traitée, est passée relativement inaperçue: « Fillon donne le coup d’envoi de la réforme des modes de scrutin ». Avec un titre pareil, vous zappez. Ces histoires compliquées en général ne passionnent guère les Français, trop techniques, ça change tout le temps, et puis il y a trop d’élections. Ce qui est enclenché est pourtant... fondamental. Le Premier ministre a écrit aux responsables des partis politiques, représentés au Parlement, pour leur demander leur avis sur le mode de scrutin qui sera retenu pour les futures élections territoriales en 2014, vous savez, la fusion entre les régionales et les cantonales, un élu pour regrouper les deux. C’est Nicolas Sarkozy lui-même qui a donné le feu vert à cette réforme. L’exécutif propose un vote à deux tours pour les territoriales, avec, comme à la présidentielle, les deux candidats arrivés en tête qui s’affrontent au deuxième tour. Et surtout pas de triangulaire. Mieux encore: cette règle s'appliquerait également aux législatives, dès 2012. Les triangulaires seraient supprimées. Dans le collimateur de la réforme: le Front National, qui a repris du poil de la bête, et était présent dans douze triangulaires aux dernières régionales. Comme par hasard, le FN ne sera pas consulté par François Fillon puisqu'il n'a pas de député et de sénateur au Parlement. Le Premier ministre ne demandera donc pas l’avis de l'ominiprésente Marine le Pen qui fait la une du Point cette semaine et revendique une remontée des adhésions à son parti. Il faut savoir que le chef de l’Etat a changé d’avis à propos de ces territoriales, puisque dans un premier temps, il avait proposé un scrutin à la britannique, uninominal, à un seul tour. La majorité était dans l'euphorie après les européennes de juin l’année dernière. L’UMP arrivée en tête se voyait premier parti de France. Mais depuis, il y a eu les régionales, et le PS a devancé l’UMP dans un grand nombre de régions. Oublié donc le scrutin à un tour. Relance Nicolas : Quels arguments sont mis en avant pour justifier cette réforme sans triangulaire ? Les responsables de l’UMP parlent de dégager des majorités claires, pour ne pas retomber dans le régime des partis de la 4ème République. Mais en vérité seule la crainte de la montée du FN motive cette cuisine électorale. Le tripatouillage n’est pas une nouveauté. Et il peut même s’avérer contreproductif. La proportionnelle introduite par la gauche en 1985 n’a pas empêché la droite de l’emporter l’année suivante, ce qui a donné la première cohabitation. La tentation du bipartisme en France est forte. Ce système pourtant montre sa limite. En Grande-Bretagne, la poussée du libéral Nick Clegg n'est pas un hasard, le partage absolu du pouvoir entre travaillistes et conservateurs a fini par lasser les britanniques qui se désintéressent de leur politique et rêvent d'un mode de scrutin qui laisse plus de place au pluralisme. Le comportement hégémonique des deux partis en France présente un risque, celui de rendre notre vie politique encore plus binaire qu’elle ne l’est jusqu’à présent et d'éloigner un peu plus les électeurs des urnes.

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.