Par Stéphane Leneuf.

Demain, aura lieu le traditionnel défilé du 1er mai organisé par le Front national. Un 1er mai différent des précédents car aujourd’hui Marine Le Pen est totalement banalisée dans le paysage politique.

Et un sondage CSA publié par nos confrères de BFMTV confirme cette banalisation. Si le premier tour de la présidentielle avait lieu dimanche. Nicolas Sarkozy serait en tête avec 34% des suffrages et Marine Le Pen arriverait seconde avec 23%. François Hollande 19% seulement…

Incontestablement, le regard de la société change sur Marine Le Pen. Elle n’est plus considérée par les médias comme le diable. En quelques mois, elle est devenue l’une des femmes politiques préférées des Français. Quand aujourd’hui les sondeurs interrogent des personnes sur leur vote en faveur du front national, ou sur leur soudaine ferveur à s’engager dans le militantisme frontiste, ils ne répondent plus forcément tout de suite : « insécurité, immigration ». Ils répondent : crainte de l’Europe, crainte de la mondialisation, de la finance, crainte de la perte des services publics, de la désertification rurale et de l’insécurité dans les transports.

Qui plus est aujourd’hui les militants frontistes n’ont plus peur d’afficher leurs convictions au grand jour. Enfin le vote front national n’est plus un vote de protestation, mais il est devenu un vote d’adhésion.

Marine Le Pen récolte aujourd’hui les fruits d’une stratégie mise en place lors de son arrivée à la tête du parti…

Une stratégie qui repose sur un changement d‘image pour gagner en acceptabilité et faire en sorte que le Front national devienne un parti normal totalement ancré dans la République, tout en confortant son électorat traditionnel d’extrême droite. Le discours de Marine Le Pen reste en effet ambigu et double. D’un côté elle chasse sur les terres de la gauche en investissant le champ social, en critiquant violemment l’accord sur la flexibilisation du travail. Elle fustige l’austérité européenne, le dumping social allemand et construit sa campagne de conquête des municipales en faisant son tour de France des oubliés et en tricotant doucement mais sûrement un maillage territorial au plus près des Français.

Mais sur des sujets qui ont toujours été le fond de commerce de l’extrême droite, ses discours restent très musclés et l’idéologie n’a pas changé : préférence nationale, vision d’une justice répressive, vision de la laïcité comme rempart contre l’islam et non comme socle commun de vie, contestation très vive d’une Europe libérale vécue comme une passoire face à l’immigration…

Cette banalisation est-elle finalement une bonne chose pour le Front National ?

Si on regarde ce qui s’est passé avec Gianfranco Fini en Italie la réponse est non. Le dirigeant du parti fasciste italien qui a transformé le MSI mussolinien en Alliance nationale dans les années 90 pour entrer dans le jeu parlementaire et arriver au pouvoir a pratiquement disparu aujourd’hui du paysage politique italien. Marine Le Pen le sait pertinemment. En politique, il est en effet toujours très compliqué de rester ferme sur ses convictions idéologiques tout en voulant être rassembleur. Résoudre cette équation sera sans doute le principal défi de la présidente du front national pour les années à venir.

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