41 députés PS se sont abstenus hier lors du vote… Est-ce un camouflet pour le gouvernement ?

Oui, c’est un camouflet pour l’exécutif mais ce n’est pas un drame pour la démocratie. Le Premier ministre, chef de la majorité, fraîchement nommé n’a certes pas réussi à faire baisser substantiellement le nombre d’abstentionnistes de son camp ces derniers jours. Ces concessions (faibles il est vrai) et son discours n’ont pas convaincu les socialistes récalcitrants. La majorité s’érode ! Même si Manuel Valls, sur ce vote du moins, ne perd pas la majorité absolue, jamais depuis le début de cette mandature, le Premier ministre (Jean-Marc Ayrault ou Manuel Valls) n’avait manqué d’autant de voix de son propre camp. Mais on peut également souligner qu’une bonne partie des centristes ne se sont pas opposés au texte. En martelant « j’assume » Manuel Valls disait aussi assumer ce mouvement de balancier vers le centre. Il peut d’autant plus l’assumer que même sans l’abstention des députés UDI, son plan aurait eu la majorité. Mais il ne faudrait pas oublier un autre aspect marquant de ce vote : l’émancipation ! L’émancipation bienvenue des parlementaires. On ne peut pas à la fois se moquer des majorités « godillot », fustiger la caporalisation en vigueur au sein des partis de gouvernement et reprocher au chef de la majorité sa faiblesse quand les députés font preuve d’autonomie. Manuel Valls et François Hollande sont peut-être ce matin à la fois rassurés d’avoir obtenu une majorité de gauche et furieux de l’indiscipline de tant des leurs… Mais l’idée que des parlementaires de la majorité aient préféré voter (même en s’abstenant) pour ce qu’ils pensent plutôt que selon des consignes autoritaires a, finalement, quelque chose de rassurant.

De même pour l’UDI qui se libère de ses liens avec l’UMP !

Oui, alors on peut toujours trouver des raisons moins vertueuses qui auraient motivé les abstentionnistes des deux camps, des raisons politiciennes. Et il y en a certainement. On peut aussi, dans l’analyse politique faire –parfois- le pari de la conviction et même de l’honnêteté intellectuelle… Un pari que nous autres commentateurs ne faisons pas souvent parce qu’on a toujours l’air plus malin en décrivant un monde politique forcément cynique… Mais quand on détaille la structure du vote des socialistes on n’y retrouve pas simplement la manifestation des luttes classiques entre les courants. Les frondeurs sont, bien sûr, en majorité des représentants de l’aile gauche. Il y a aussi quelques députés plutôt d’ordinaire modérés, certes aubryistes, donc soupçonnés d’aigreur… Mais on peut admettre qu’un député PS ait des doutes quant à l’efficacité du socialisme de l’offre, qu’il s’interroge sur l’éventuel effet récessif des mesures proposées, sur le fait –par exemple- que les baisses de charges toucheront aussi la grande distribution qui n’est pas soumise à la concurrence internationale. Ce sont des raisons de fond, des analyses économiques différentes et argumentées…et finalement, si l’on prend un peu de recul, sur 291 députés socialistes, il ne manque que 41 approbations à un plan qui est quand même l’expression d’un virage idéologique assumé : c’est plutôt très peu ! Il aurait été démocratiquement assez malsain que, par l’habituelle mécanique implacable des blocs qui domine la vie parlementaire française, le trouble engendré par ce qui est bien un « virage de la rigueur » ne s’exprime pas à l’Assemblée, lieu de la représentation nationale.

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