Marc Fauvelle.

Vous revenez ce matin sur cette affaire de jupe trop longue au collège…

Parce qu'elle illustre parfaitement la crispation actuelle autour de tout ce qui touche à la laïcité et à sa définition. Résumons les faits : une collégienne de 15 ans, de confession musulmane, a donc été prié de rentrer chez elle pour changer de tenue après s'être présentée à l'école vêtue non pas d'un voile, qu'elle enlève chaque matin, mais d'une longue jupe noire qui lui tombait jusqu'aux orteils... L'équipe éducative, qui a pris cette décision, s'est appuyée sur la loi de 2004 qui bannit tout signe ostentatoire religieux de nos écoles. Aussitôt l'adolescente est devenue la coqueluche des réseaux sociaux, suscitant une vague de soutien sur le mode "pas touche à ma jupe, "mais de quoi se mêle-t-on ?"

En réalité, l'affaire est un peu plus complexe, mais l'indignation n'aime pas toujours les nuances. Il semble que dans ce cas précis, la jupe noire était devenue un signe de ralliement et de rébellion entre plusieurs jeunes filles musulmanes de ce collège contre l'autorité de l'école, après un incident lié justement au port du voile.

Mais en brandissant cette loi de 2004 comme un étendard, l'éducation nationale s'est mise elle-même en position d'excès de zèle, de sur-interprétation de la loi. La laïcité, principe non négociable de notre République, ne se mesure pas à la longueur d'une jupe ou d'un ourlet. Ce serait bien trop simple car sinon, elle prend le risque de se muer en police des religions ? Quid par exemple d'un adolescent qui porte la barbe. Est-ce un signe religieux ? Et si oui, à partir de combien de millimètres de poils peut-elle être considérée comme du prosélytisme ? C'est un débat qui ne mène nulle part. L'école doit bien sûr rester un sanctuaire où les religions sont priées de la mettre en sourdine, mais certainement pas une caserne, avec fouille systématique à l'entrée...

Et ce n'est pas la première fois que ce débat sur le périmètre de la laïcité ressurgit...

La France s'est pourtant dotée d'une loi intelligente en 2004. Suffisamment intelligente en tout cas pour laisser aux équipes éducatives le soin de juger ce qui est ostentatoire ou pas, en fonction du contexte. La formule est suffisamment souple pour régler l'immense majorité des tensions.

Il en va sans doute de même quand on parle des mères voilées qui accompagnent leurs enfants lors des sorties scolaires. La laïcité n'implique pas de leur demander de retirer leur voile, sauf bien sûr, si elle en profite pour faire la promotion de leur religion...

On pourrait même parler des menus de substitution dans les cantines, pour les enfants qui ne mangent pas de porc. Débat relancé par Nicolas Sarkozy, qui souhaite leur interdiction, alors même qu'une simple assiette sans porc, telle qu'elle est proposée depuis des années dans des centaines de cantines, peut, avouons-le, être difficilement considérée comme une attaque en règle contre notre sacro-sainte laïcité…

La loi de 1905, et sa version scolaire de 2004, sont là pour ordonner la coexistence pacifique entre le civil et le religieux, pas pour rallumer en permanence un conflit inutile entre les 2 camps. Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, ce n'est ni d'une nouvelle loi, ni de coups de mentons permanents, ni d'une polémique par semaine, mais simplement d'un peu de discernement et de bons sens, ce qui a semble-t-il manqué dans cette affaire !

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