C’est une bien étrange interview (pour une revue littéraire, on dit plutôt « entretien », c’est plus chic)… un bien étrange entretien, donc, que le président accorde à la prestigieuse revue créée en 1908.

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © AFP / Christian Hartmann

Il y est naturellement question de son rapport aux livres 

Emmanuel Macron lit et connaît la littérature à l’image de ses prédécesseurs De Gaulle, Pompidou et Mitterrand. Mais ce qui distingue Emmanuel Macron de ces derniers, c’est que son goût pour la chose littéraire et culturelle n’a d’égal que son absence de politique culturelle ambitieuse

Il est arrivé au pouvoir en promettant de débloquer l’économie du pays, et n’a pas eu le temps (ou n’a pas su) proposer une politique culturelle marquante. Les deux grands présidents culturels que furent de Gaulle et Mitterrand étaient affublés de ministres et de programmes d’exception en la matière, chacun dans leur genre, André Malraux et Jack Lang

Malraux/De Gaulle, c’est :

  • la création des Maisons de la Culture, 
  • l’inventaire général du patrimoine, et sa rénovation, 
  • des discours historiques comme celui de l’entrée de Jean Moulin au Panthéon...

Lang/Mitterrand, c’est:

  • un pas de plus vers la démocratisation de la culture avec la fête de la musique, 
  • les radios libres, 
  • le prix du livre, 
  • le modèle économique du cinéma (qui a sauvé la création française), 
  • les Fonds régionaux d’art contemporain, 
  • les grands travaux… 

Emmanuel Macron, pour l’instant, ce n’est rien de saillant ni de « disruptif » pour reprendre l’un de ses mots. Et puis, sa ministre (bien qu’appréciée par tous sur le plan humain) est inexistante, incapable d’expression publique à propos d’une action culturelle que l’on serait bien en peine de décrire ! S’il y a un domaine où la différence entre l’image du président et la réalité de sa politique est un gouffre, c’est bien  celui de la culture !

Emmanuel Macron évoque aussi le retour du tragique de l’histoire…

Oui, tous les présidents de l’après chute du mur et de l’ère de la mondialisation (c’est-à-dire l’ère de la relative perte de leur pouvoir) ont une hantise : que se réalise la prophétie mitterrandienne : « après moi, il n’y aura plus que des financiers et des comptables »… Il faut bien l’avouer, c’est un peu ce qui s’est passé. 

En sera-t-il autrement avec Emmanuel Macron ? Trop tôt pour le dire. 

« Quel sens donnez-vous à ce mot ‘romanesque ?’» lui demande Michel Crépu de la NRF… Le Président répond : « Par ‘romanesque’, j’entends une redécouverte du sens tragique : une perception non point technique du réel, mais dramatique, c’est-à-dire posant la question du sens. » mais son parti, qui s’appelle En Marche, ne nous dit pas clairement la destination de cette mise en mouvement dramatique et c’est le « pragmatisme », (presque technique) et non pas un grand dessein qui est mis en avant pour justifier les réformes. S’il y a quelque chose de romanesque dans l’aventure macronienne, pour l’instant, c’est surtout l’aventure personnelle, le destin de ce jeune homme devenu président, plus que l’aventure du pays qui semble appelé d’abord et surtout à se mettre en conformité comptable avec les exigences de ses créanciers et du monde globalisé !

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