Avec le confinement, dit-on, nous aurions tranché en faveur de la santé par rapport à l’économie…

Les démocraties ont instauré le confinement. Les pays autoritaires, sous la pression des évènements, finissent par y venir.  

Bolsonaro, Trump rechignent au  confinement, à sauver quelques dizaines de milliers de vies, en sacrifiant une part de leur puissance économique. De même, la dictature chinoise a confiné, certes, mais au bout de combien de temps ? On ne le sait pas. Elle a menti sur ses données et fait disparaitre les découvreurs du virus.  

Les démocraties auraient donc choisi (avec plus ou moins de promptitude et d’efficacité) la santé plutôt que l’économie. Et c’est nouveau !

 Autrefois, les nations n’hésitaient pas à envoyer à l’abattoir des millions de leurs concitoyens pour sauver la grandeur de la patrie. Ce ne serait plus possible aujourd’hui. 

Cependant, certains estiment que le choix n’est pas si clair et que si l’on semble privilégier la santé, ce serait aussi dans le but de ne pas détruire l’économie. Une lecture purement marxiste dit que dans le cadre du capitalisme, la santé des hommes n’est qu’un carburant du capital. Marx écrivait, à propos du travail des enfants, je cite : 

Le capital usurpe le temps qu’exige la croissance et l’entretien du corps en bonne santé… Il vole le temps qui devrait être employé à respirer l’air libre et à jouir de la lumière du soleil.

En sauvant des travailleurs par le confinement, le capital ne ferait que préserver son carburant. 

L’analyse ne suffit plus. 

Pourquoi cette analyse ne suffit plus

Selon les philosophes contemporains, choisir la santé avant l’économie résulte plutôt d’une remise à l’endroit des exigences par les démocraties libérales, encore articulées autour de l’Etat providence. L’économie doit être le moyen de la santé. Pas l’inverse. 

Voilà pourquoi d’ailleurs la philosophe Barbara Stiegler estime qu’on ne peut pas opposer la valeur infinie de la santé à l’économie quantifiable. Il faut réaliser qu’ils sont interdépendants, dit-elle dans Libération ce matin. 

Le philosophe Frédéric Worms paraphrase Malraux en affirmant que le ‘XXI siècle sera le siècle de la santé publique ou ne sera pas’. Il explique que le changement climatique, la globalisation des menaces, ont fait de notre siècle le ‘siècle du vivant’ : le but de nos sociétés devient la survie et non plus la justice… tout en affirmant que sans la justice, pas de survie de nos sociétés… santé et justice sociale (donc économie) vont de pair. 

Il faut donc développer une société du soin… ‘du care’ selon le terme de la philosophe américaine Joan Tronto. André Comte-Sponville, de son côté, plus libéral, craint les excès du 'care'. Il y voit une possible dérive hygiéniste.

Cependant, le consensus dans la société, sur la nécessité du confinement puis d’un déconfinement progressif et conditionnel, montre l’interdépendance santé/économie. Le premier étant un but quand le second est un moyen. Terminons avec un dernier philosophe du XXème siècle, Henri Salvador,  qui entend relativiser cette interdépendance : 

Le travail c’est la santé, ne rien faire (donc rester confiné) c’est la conserver… 

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