L'édito politique de Françoise Degois. __Comme le veut la tradition, demain, Nicolas Sarkozy adressera ses vœux aux Français. Ne comptez pas sur moi pour ironiser sur les voeux du Chef de l'Etat. Non, ne comptez pas sur moi pour railler par avance les formules toutes faites, les mots valises - vous savez, ces mots clés qu'il faut injecter à intervalle régulier dans tout discours politique, qu'il soit de gauche ou de droite d'ailleurs, des trucs comme espoir, courage, réforme, pour redonner le moral à "mes chers concitoyens." Non, vraiment, je ne me moquerai pas de cet exercice totalement désuet, mais ça, le pauvre Sarkozy, il n'y peut rien. Les voeux élyséens étant à la nation ce que la choucroute est à l'Alsace, pas forcément digeste mais incontournable. Non, je ne m'amuserai pas à parier déjà sur l'écart entre les paroles et les actes. Non, vraiment, je n'en ferai rien, n'insistez pas. J'entends déjà les phrases. Elles sont déjà livrées comme des petits fours par les conseillers de l'Elysée aux journalistes qui les égrennent déjà depuis une semaine. Le président est lucide et son discours sera riche et déterminé. Par temps de crise, il vaut mieux être riche, lucide et déterminé. Mais un chef de l'Etat qui ne reculera pas sur les réformes. Ah le mot magique ! Le abracadabra, le supercalifragilitisexpidélicicieux... le akunamata, suprême, la réforme ! Les réformes, parlons en justement. Le président devrait s'exprimer sur l'hôpital, la justice, la formation professionnelle, la recherche, l'enseignement. Des secteurs qui, je dois bien l'avouer, brillent au fronton de la République depuis le début de la présidence Sarkozy. La justice : il suffit de voir la mise en charpie de Rachida Dati pour comprendre qu'il y a comme une erreur d'aiguillage. L'enseignement. Xavier Darcos a dû reculer face à la fronde des lycéens en colère, des postes supprimés par milliers, dans un secteur, l'éducation, dont on nous rabache, à longueur de décennie, qu'il est la priorité des priorités. Grand écart. L'hôpital ? Le décès d'un homme de 56 ans qui a succombé à un malaise cardiaque, samedi soir, après un délai d'attente trop long pour trouver une place en réanimation. Ce décès vient nous rappeler que quand les médecins protestent contre le manque de moyens, que les urgentistes tirent toutes les sonnettes d'alarme, il faut simplement les écouter. Voilà Nicolas Sarkozy au pied de son propre mur. Si la séquence européenne a redoré quelque peu son blason personnel, retour sur le plancher des vaches avec un pays qui rentre en récession, un pouvoir d'achat qui s'affaiblit au fil des semaines, des petits retraités étranglés, une classe moyenne qui déprime et des quartiers toujours laissés à l'abandon. Welcome en France. Et au même moment, demain soir, Martine Aubry mettra en ligne ses vœux au nom du parti socialiste. Et s'il est juste d'épingler les grands écarts de Nicolas Sarkozy, on peut aussi se gausser des grands écarts du PS. Qui nous rabache que les socialistes sont rassemblés et de retour ! Rassemblés... tu parles Carles ! De retour ! Ah bon, parce qu'ils étaient partis ? Au loin ? Présidentielle, législatives, municipales ? Il n'y avait donc aucun socialiste à l'horizon. Bon, on a dû se tromper. Soit, Martine Aubry devrait donc nous dire qu'ils sont rassemblés - puisqu'on vous le dit - et de retour. Les européennes à l'horizon, là, on lui souhaite bien du plaisir, à la cheffe - ça va être coton entre l'aile gauche, l'aile droite et le centre, du parti je veux dire, et un discours qui, pour le moment, ne casse pas trois pattes à un canard. Un PS de gauche - remarque, il vaut mieux - qui retrouve les syndicats, réinvente une société solidaire et lutte contre le capitalisme sauvage, mais aussi très ouvert au monde qui l'entoure. C'est bizarre, c'est ce qu'on trouve déjà dans un petit livre, sorti en 81, intitulé "Projet socialiste pour la France des années 80" - Tout change, rien ne change. Allez, encore un petit effort pour réenchanter la politique, au risque de lendemains qui déchantent.

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