Avec l’annulation de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel, c’est une mesure-phare du quinquennat de Nicolas Sarkozy qui se voit rejetée. Le gouvernement va présenter un nouveau texte. Mais cette décision vient ternir le Nouvel An présidentiel. « C’est encore une mauvaise manière de Debré ». Cette réflexion, hier soir, d’un responsable UMP traduisait la colère facile à imaginer d’un Nicolas Sarkozy qui poursuit ses vacances au Maroc… mais n’a rien laissé filtrer à distance. L’Elysée préfère ne pas jeter de l’huile sur le feu. « Comme par hasard, c’est le Conseil constitutionnel qui est à la manœuvre, faites-donc votre petite enquête », a tout juste fait remarquer un conseiller du chef de l’Etat. Avec cette décision, le Conseil Constitutionnel a donné raison au groupe socialiste à l’Assemblée nationale, qui s’était illustré en 2009 sur la loi Hadopi à la faveur d’un vote entourloupe dans l’hémicycle, et s’offre ainsi une victoire à la régulière, avec la bénédiction de Jean-Louis Debré. Par-delà le tacle politique, le président du Conseil constitutionnel et les sages ont tout de même voulu rappeler que les Français devaient être égaux devant l’impôt. Ce qui n’était pas le cas avec la Contribution énergie climat. C’est toujours un peu la même chanson. Il y a d’abord un grand projet vertueux, faire payer une taxe pour inciter les ménages et les industries à économiser l’énergie. Mesure audacieuse, conforme au projet présidentiel d’économie verte. Puis le texte arrive au Parlement, et là les enjeux locaux, les passe-droits, les lobbies entrent en scène. Avec toutes les exemptions votées, c’était madame et monsieur Tout-le-monde qui se voyaient taxés en faisant le plein de la voiture ou de la cuve à fioul. Certes, ils devaient être remboursés par un crédit d’impôt ou un chèque vert. Mais les industries les plus polluantes, raffineries, cimenteries, centrales thermiques, les transports publics, les navires de la SNCM pour la Corse, les avions, tout ce joli monde industriel et commercial se voyait exonéré. La taxe carbone, vantée par l’Elysée, était devenue un gruyère fiscal. Nicolas Sarkozy n’avait pourtant pas hésité à la brandir, avant Copenhague, comme une réforme « historique, à l’égale de l’abolition de la peine de mort ». Cette contribution carbone s’est vite transformée en une usine à gaz boudée par l’opinion. Son rejet par le Conseil constitutionnel est un revers pour Nicolas Sarkozy. Incontestablement. Et Jean-Louis Debré, gardien du temple chiraquien, a visiblement décidé de le harceler jusqu’au bout, confie un ténor UMP. C’est lui qui il y a un an avait invité le chef de l’Etat à de la retenue, au moment de l’annonce du mariage avec Carla Bruni, « attention à ne pas désacraliser la fonction présidentielle », avait-il mis en garde, se posant en adversaire déclaré. Si vous additionner les bûchettes : échec de Copenhague, fiasco d’Areva à Abou Dhabi, dérapage du débat raté sur l’identité nationale, polémique sur le port de la burqa, de l’aveu d’un proche du président, l’addition est un peu trop salée pour ce nouvel an avant les régionales.

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