Pour ce dernier édito de l’année, voici quelques conseils aux candidats à la présidentielle.

Pendant ces derniers jours de repos, nos candidats devraient d’abord méditer le conseil du spécialiste. De celui qui, s’il n’a pas été un député assidu, un maire innocent, un conseiller général présent, un président de la république très actif, aura au moins été un bon candidat pour tous ses mandats allègrement cumulés et entassés pendant plus de 40 ans. Vous l’avez reconnu, c’est Jacques Chirac, le pape de l’élection. Alors, que nous dit l’expert ? Tous les journalistes, et j'en étais, qui ont couvert la glorieuse campagne de 95, Chirac partait de 12%, tous, ont entendu ce précieux conseil. Il valait, pour nous aussi : « pendant une campagne, l’important, disait-il, c’est de manger, dormir et pisser dès que vous le pouvez, n’importe où et à n’importe quelle heure, c’est toujours ça de pris ».

Une campagne électorale n’est pas une campagne napoléonienne, l’intendance ne suit pas toujours. Avec ces précautions en tête, même Villepin, même Morin (ça ne suffira peut-être pas pour Poutou), mais même Boutin peuvent espérer, sinon gagner, au moins aller jusqu’au bout. Hormis ce conseil pratique, on peut, quand même, en prodiguer quelques uns un peu plus politiques. Cette campagne sera particulière parce que les propositions de chacun, surtout celles des deux principaux, seront examinées, décortiquées, chiffrées de façon beaucoup plus systématique que lors des précédentes campagnes. A cause de l’état des finances publiques, bien sûr, mais aussi parce que, cette fois-ci, les électeurs risquent d’être plus sensibles au thème de la promesse non tenue.

A chaque fois on se dit ça et finalement on s’aperçoit que les belles promesses non tenues n’empêchent pas de se faire réélire.

François Mitterrand s’est fait réélire malgré la promesse de « changer la vie », et Jacques Chirac en dépit de l’accroissement de la « fracture sociale ». Mais la sanction était tombée lors des législatives perdues de 86 et 97. Et cette fois, du fait du quinquennat, le souvenir de 2007 est plus frais. Il n’a que 5 ans, pas 7. La société a changé et internet, les médias, les deux réunis, imposent une sorte de tyrannie salutaire, si l’on peut utiliser cet oxymore : la tyrannie de la cohérence. Dès qu’un homme politique et a fortiori un candidat, fait une annonce, une déclaration, elle est immédiatement confrontée à ce qu’il a déjà fait et dit sur ce même sujet. De ce point de vue, Nicolas Sarkozy est devenu, lui-même, son opposant le plus efficace. Il suffit de l’entendre parler de sécurité, du pouvoir d’achat ou de l’emploi, pour qu’immédiatement lui soit rappelées -images et sons à l’appui- ses paroles et ses actes depuis 10 ans.

La mémoire audiovisuelle, qui n’était, il y a seulement une décennie, qu’à la disposition des grands médias classiques, et encore sous une forme non numérisée, était sous utilisée. Jacques Chirac et François Mitterrand ont vécu, finalement, une époque bénie pour la communication de masse. L’hyper médiatisation sans mémoire leur a permis de dire à tout le monde à peu près tout et le contraire de tout. Les difficultés que rencontre le président viennent aussi de là. Il est le premier à être mis à ce point face à ses propres contradictions qui, en plus, sont béantes. En fait, il n’a pas su lire l’évolution technique des médias. Paradoxalement, internet, ce monde que l’on décrit souvent comme celui du foutoir idéologique, de l’éparpillement et de la superficialité. Internet et le numérique imposent de la cohérence au débat politique et une plus grande exigence d’adéquation entre le dire et le faire.

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