Journée d’action réussie hier. Beaucoup de monde, pas d’incident, un large soutien populaire, du privé, du public. Donc, une réussite incontestable. Il faut maintenant déchiffrer le message délivré hier. Mais d’abord, c’est le jeu, en politique, les mots ont un poids, ils ne s’envolent pas comme ça et quand vous prononcez une phrase saillante, il faut s’attendre à ce qu’on vous la resserve le jour venu. Donc, allons-y... Souvenez-vous, en juillet dernier, Nicolas Sarkozy s’offrait un petit succès de salle acquise en disant « les grèves ne se voient plus ». Ça deviendra sans doute un grand classique de la bourde politique. C’est aussi peut-être un ton - pas très présidentiel - un ton de sous chef de la majorité que Nicolas Sarkozy doit regretter ce matin. Donc, revenons au message. Il est à la fois limpide et très complexe. Limpide parce que les répercutions de la crise financière toucheront d’abord les salariés, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas du tout responsables de l’effondrement du système, ceux là même qui l’on tenu à bout de bras depuis des années. Donc, s’exprimait hier sans ambages, un sentiment d’injustice profond. Tous ceux qui critiquaient le capitalisme financier, la course aux profits, tous ceux qui en souffraient et à qui l’on répétait qu’il n’y avait pas d’autre solution, que l’Irlande, l’Espagne, l’Angleterre était un modèle ! Tous ceux là ont dit, en substance hier, que maintenant ils voulaient qu’on les entende. Et Nicolas Sarkozy a, depuis plusieurs semaines déjà, compris l’état de l’opinion sur ces questions. Ses discours et la teneur de ses messages aux banquiers, par exemple en attestent. Mais le message d’hier est aussi plus complexe, parce qu’une fois le cri de colère légitime poussé, vient la liste des revendications. Et forcément, les revendications sont protéiformes et très générales : hausse du pouvoir d’achat, maintien des services publics et la défense de l’emploi. Ce n’est pas le CPE 2006, l’école privée 1984, ce n’est pas un projet de loi en particulier que le gouvernement pourrait retirer et, par là même, mécaniquement éteindre le feu. On voit mal le gouvernement réorienter radicalement sa politique qui, de plus, depuis le début du tremblement de terre financier, se fait un peu, par la force des choses, au jour le jour. Le Président ne peut pas envisager, si le mouvement social se poursuit, de changer de premier ministre, par exemple, pour débloquer une crise dont on aurait exploré toutes les issues ? Ça n’aurait aucun effet, personne ne pense même à le réclamer puisqu’il fait lui-même office de premier ministre - c’est d’ailleurs son nom qui était scandé hier par les manifestants. Alors il y a toute la gamme des réponses politiques classiques. La posture, « droit dans mes bottes », façon officier de cavalerie ! « J’ai raison, l’histoire me rendra justice, je fonce ». Ça n’avait pas réussi à Alain Juppé. La réponse la plus probable, déjà esquissée, est volontairement floue, une sorte de « Je vous ai compris », « Temporisons et voyons-nous », c’est la réponse dite « gros-dos » ! Le communiqué de la présidence, rendu public hier soir, ne dit pas autre chose, je cite : « je rencontrerai les organisations syndicales et patronales afin de convenir du programme de réformes à conduire en 2009 et des méthodes pour le mener à bien.» C’est beau comme du Jacques Chirac - ça peut vouloir dire tout et son contraire. Cette phrase donc suggère que Nicolas calme le Sarkozy qui impose un rythme assis sur son cheval pendant que les autres, les parlementaires, les partenaires sociaux, s’essoufflent à pied derrière. En réalité, le cavalier était déjà descendu de son cheval, seul le discours continuait d’être celui de la charge ! C’est le cœur de la fameuse méthode Sarkozy qui est en berne. Mais ne persifflons pas, réunir tout le monde, envisager de négocier et de réfléchir à l’avenir et aux solutions pour sortir de la crise, c’était certainement la seule chose que Nicolas Sarkozy pouvait répondre au lendemain d’une journée comme celle d’hier. Il faudra maintenant qu’il précise.

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