Vous avez regardé le président hier et vous n'avez pas bien compris...

Oui, je n’ai pas bien compris le statut de ce que je regardais. Le statut de l’émission, le statut de l’invité et le statut du contenu… Une émission de télévision montée en dépit du bon sens, avec une première partie économique, avec des journalistes généralistes, suivie d’une deuxième partie économique avec des journalistes économiques, interrogeant dans un cadre très officiel un président faisant des annonces de ministre du budget pour après les élections. Parce que tout ce qui était annoncé hier au futur simple était en réalité du conditionnel puisqu’entre aujourd’hui et l’application de ces mesures, il y aura deux élections : une présidentielle et des législatives ! Avec cette émission, on atteint sans doute la limite des émissions politiques spécifiques, littéralement coproduites par l’Elysée et les chaînes qui la diffusent. La confusion était assez générale. Si le Président avait décidé de faire une communication très officielle, s’il avait voulu, dans un moment particulièrement dramatique, sur des questions régaliennes essentielles s’adresser aux Français, on aurait pu comprendre ce cadre élyséen, le décorum et la posture olympienne. Mais là, Nicolas Sarkozy nous a annoncé l’augmentation du taux de la TVA de 1,6%, la possibilité d’agrandir nos logements de 30% de la surface autorisée et la possibilité, pour les entreprises de négocier avec leur salariés des dérogations aux 35 heures. Ces mesures, très précises, n’auraient jamais dû faire l’objet d’une telle émission diffusée par six chaines à 20 heures, un dimanche soir dans un dispositif de mobilisation générale ! En Allemagne, tiens, puisque c’est l’exemple absolu, un tel dispositif médiatique aurait été strictement impossible !

Ce qui justifiait cette forme très solennelle était que le fait que le Président allait demander des efforts aux Français.

C’est vrai que dans les jours qui précédaient cette émission, on entendait parler de « courage », de mesures difficiles, voire impopulaires. Le fameux « du sang, de la sueur et des larmes »… Il fallait donc que le président s’en explique avec toute la gravité requise. Mais finalement ce n’est pas du tout dans cet esprit là que Nicolas Sarkozy est apparu puisque les trois mesures phares annoncées hier soir sont censées être parfaitement indolores. La hausse de la TVA n’entrainera pas de hausse des prix, le président en a pris le pari ! Il ne dit pas « j’augmente un impôt, ce sera difficile mais il faut le faire », il dit « l’augmentation de la TVA sera sans conséquences sur les prix ». En envoyant du plomb de chasse avec une grosse Bertha médiatique, il s’agissait sans doute de donner une force particulière à trois mesures d’adaptation. Ainsi, elles deviendraient polémiques. Notamment la possibilité d’augmenter de 3O% le coefficient d’occupation des sols qui peut faire l’objet du courroux des maires, majoritairement de gauche, des écologistes, qui vont y voir une menace sur la loi littorale et l’environnement. Le débat, trop axé, ces derniers jours sur les propositions de François Hollande se déplacerait donc sur celles du Président. Au fond, ce à quoi il serait amusant d’assister maintenant c’est à la séance du CSA au cours de laquelle les membres de la Haute Autorité de l’Audiovisuel devront, chronomètre en main, faire le tri entre ce qui relève de la parole présidentielle et ce qui doit être décompté du temps de parole de l’éventuel candidat. Dommage qu’Alfred Jarry ne soit pas membre du CSA.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.