Ce matin, vous revenez sur votre édito de jeudi dernier qui était consacré à la grève des professeurs des écoles primaires parisiennes.

Oui, parce que sur 982 éditos, c’est sans doute celui qui a suscité le plus de réactions d’auditeurs. Des dizaines et des dizaines de mails d’enseignants. Le site Rue89 a d’ailleurs publié la réaction de l’un d’entre eux. Alors, je ne vais pas vous refaire la chronique de jeudi dans ma chronique d’aujourd’hui mais en gros, ce qui me vaut le courroux des profs (de la plupart de ceux qui m’ont écrit en tout cas) c’est que j’expliquais que la grève avait aussi une revendication cachée qui concernait le temps de travail des enseignants. Les enseignants savent bien que manifester ou faire grève pour sauver une demi-journée de temps libre, ce n’est pas compréhensible par le grand public, un peu comme si les journalistes manifestaient pour le maintien de leur niche fiscale ou les députés pour celui de leur régime de retraite ! Les profs ont une relative maîtrise de leur temps, grâce au mercredi et ne veulent pas la perdre. Or la teneur de toutes les réactions exaspérées que j’ai reçues, ne fait que renforcer… cette analyse justement. Un professeur du primaire, classe en double niveau avec 25 élèves en ZEP, parle de l’intensité de ses journées et du temps passé à préparer son enseignement dans un environnement compliqué. Il écrit : « il est 1h27 du matin. Je termine ces quelques lignes après avoir fignolé ma classe de demain et corrigé mes 25 cahiers. Du temps, oui, j’en ai, encore cinq heures pour dormir. Vivement mercredi. ». Le temps est donc bien l’une, sinon la revendication, à la fois légitime et inaudible.

Les mails parlent aussi du rythme scolaire…

Oui et beaucoup d’entre eux expliquent qu’ils ont d’abord hésité à faire grève parce qu’ils sont presque tous d’accord avec l’idée que les rythmes scolaires actuels sont une aberration pédagogique… mais très vite, la défiance s’est installée parce que la question des moyens est apparue insoluble. Les premiers retours que les chefs d’établissement ont des municipalités, ne sont pas rassurants. Une directrice de maternelle, qui m’a écrit et que je suis allé voir hier, dans son école d’un des quartiers les plus populaires de Paris, m’expliquait qu’elle n’avait toujours pas obtenu de crédit pour réparer sa chaudière depuis septembre et qu’elle avait toujours un nombre de chaises inférieur au nombre d’élèves. Cette directrice ne voit pas dans quels locaux et avec quels animateurs les élèves seront encadrés après les cours. Autant dire qu’elle a beaucoup de mal à croire en cette réforme. Les raisons de la perplexité des enseignants sont donc réelles… Mais cela n’enlève pas l’impression qu’aucune réforme n’est possible. Il revient aux profs, à leurs représentants, de trouver les formes d’action et d’expression pour contrecarrer l’idée générale selon laquelle aucune réforme ne trouve jamais grâce à leurs yeux. Ainsi, à lire les tracts, le but de la grève prévue le 13 février n’est pas d’abord de demander des moyens aux municipalités ou à l’Etat pour que la réforme en soit vraiment une mais d’abroger purement et simplement les décrets sur les rythmes scolaires ! Il ne faudra donc pas s’étonner que l’accusation de corporatisme et même d’immobilisme des enseignants ait encore un écho grandissant.

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