Il faut d’ailleurs remonter à plus loin, à 40 ans pour retrouver la première vraie expression politique de l’écologie. C’est, bien sûr, la candidature de René Dumont à la présidentielle de 1974 qui a marqué les esprits. Cet homme sec, au discours didactique devait commencer la plupart de ses interventions télévisées par définir le mot "écologie" que personne ne connaissait. Avec son pull rouge, sa pomme et son verre d’eau posés devant lui, il parlait simplement de ce que l’ère industrielle, qui venait d’apporter un confort de masse, pouvait générer comme dommage pour l’environnement. Les Français, qui travaillaient dur depuis la fin de la guerre étaient enivrés de consommation et de modernité. Ils n’étaient pas prêts à entendre le discours du revers de la médaille. Il aura fallu le Larzac, Plogoff, l’Amoco Cadiz, pour qu’une génération commence à considérer que la société devrait peut-être songer à s’organiser autrement. Aux années Waechter du parti verts "environnementalistes" ont succédé les années Voynet de l’écologie politique et l’encrage à gauche. Puis les années Duflot et la fin de la culture purement protestataire. Entre temps, l’effet de serre, le réchauffement de la planète ont été constatés par tous, à l’exception de quelques irréductibles que l’obsession de combattre un soi disant politiquement correct écologique aveuglent. L’hurluberlu René Dumont avait raison : il n’y a qu’une planète disponible ! Tchernobyl, Fukushima, la calotte glacière qui fond, l’énergie fossile qui se raréfie, l’eau qui va devenir un motif d’exode massif et de guerre : Tout le monde maintenant se dit écologiste...Donc l’écologie politique devrait triompher ? Eh bien oui ! Mais non... l’analyse habituelle veut que l’appât du gain forcément énergivore nous empêche de passer de la prise de conscience aux actes. A trente ans les écologistes ont l’âge de se demander comment faire pour faire envie plutôt que peur. Peut-être commencer par cesser de dénoncer tout le monde et proposer une alternative qui utilise les ressors humains, c'est-à-dire la volonté de vivre mieux. Quitter les postures morales culpabilisantes qui n’ont pas eu assez d’effet... ! Le rôle des écologistes c’est de convaincre leurs partenaires, les socialistes, définitivement shootés à la croissance, que l’industrie qui nous sortira de la crise, est verte. Par exemple, les écologistes avaient raison, il y a déjà 20 ans, sur l’obsolescence de l’agriculture intensive bretonne. Leurs solutions ont donc aussi des incidences sociales. Alors bien sûr François Hollande le dit : Il veut lancer la France sur la voix de la transition énergétique ! Mais on ne sait jamais si ce discours résulte d’une lecture habile des rapports de force au sein de la gauche ou s’il reflète une conviction profonde ? Les socialistes français ont eu longtemps un discours plus à gauche que leur action, maintenant c’est fini (et c’est peut-être même le contraire) mais ils ont encore un discours plus écolo que leur action ! C’est en fonction de l’adéquation entre le discours et les actes que les ministres Verts devraient finir par décider de rester ou de partir du gouvernement, sous peine de finir comme les radicaux de gauche... Des fabrications artificiellement maintenues par le PS pour ne pas avoir l’air hégémonique. La teneur du projet de transition énergétique qui sera proposé dans les prochains mois devrait donner aux écologistes une réponse décisive quand à la pertinence de leur alliance avec les socialistes.

► ► ► VOIR | Emmanuelle Cosse, invitée de Clara Dupont-Monod

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