Ce matin, les propos de Robert Bourgi entendus hier dans un documentaire sur BFM.

Pour évaluer le niveau de délabrement moral que la politique –et en l’occurrence la droite française- avait atteint  en 2017, il faut rappeler –simplement- qui est ce Bourgi qui peut dire avec une certaine crédibilité ceci : 

J’avais conçu le projet de ‘niquer’ François Fillon 

Il prétend avoir tué la candidature de son ami Fillon avec la passivité complice de son autre ami Sarkozy ! Dans ce monde, le mot « ami » n’a pas tout à fait le même sens que pour vous et moi, comme le mot « cadeaux » par exemple. Le mot « niquer » si. Robert Bourgi est un avocat qui n’a jamais plaidé. Il vit (très bien) en mettant en relation politiques, industriels, hommes d’influence, et décideurs africains. Il personnifie la françafrique. Son père était ami de Jacques Foccart, l’âme damnée de la part obscure du gaullisme et de la barbouzerie des années 60/70. Bourgi père fut aussi l’ami en or d’Omar Bongo avant que Bourgi fils (Robert donc) soit celui d’Ali Bongo, potentats du Gabon de père en fils. En 2007, le candidat Sarkozy, se voulant moderne, fustige la françafrique et nomme un ministre d’ouverture à la coopération. Celui-ci, Jean-Marie Bockel – naïf et honnête - (mauvais cocktail dans ce monde), tentait donc d’appliquer une politique de coopération plus transparente, plus saine.

Et ça n’a pas duré

Non ! Robert Bourgi a vite signifié au président que Bongo et quelques industriels « amis » ne tolèreraient pas une telle politique. N’écoutant que son courage qui ne lui disait rien et sans doute aussi son intérêt qui lui parlait plus clairement, Nicolas Sarkozy remercia le bon Bockel et changea d’affectation sa secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade, en délicatesse, aussi, avec les règles opaques de la Françafrique. Avant cela, Bourgi, généreux donateur de la campagne, était de la cérémonie d’investiture de Sarkozy en 2007 et avait reçu des mains du président la légion d’honneur, signe de ce que ce ruban était devenu : un colifichet pour services rendus à l’ambition plus qu’à la Nation. Le riche entremetteur franco-libanais voyait Nicolas Sarkozy une fois par mois dit-il … François Fillon –pour sa carrière- avait fini aussi par s’en faire un « ami ». Mais Fillon, pendant sa campagne en 2017, ne renvoya pas tous les ascenseurs, il n’avait sans doute pas la mentalité assez maffieuse (cette fidélité d’intérêt, cette amitié en petites coupures). Bourgi décida donc de piéger Fillon par là où, d’après lui, le candidat péchait : sa pingrerie. Il lui offrit des costumes bien coupés de bourgeois parvenus. François Fillon, incroyable faiblesse, les accepta… Bourgi les régla par chèque… donc ça se sut. Ce n'est pas ça qui a tué le candidat Fillon, l’affaire Pénélope, dans laquelle il s’est mis tout seul, suffisait ! Mais cet épisode, le fait que Sarkozy et Fillon aient comme ami et confident cet affairiste qui se prend pour Audiard et Machiavel réunis, nous dit beaucoup de la droite de 2017! Cette génération devait disparaitre ! François Fillion et Nicolas Sarkozy, qui se sont tués l’un l’autre, avaient fait leur temps et sans doute bien au-delà.

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