La circulaire Castaner, qui entend ‘désétiqueter’ politiquement les municipalités de moins de 9000 habitants, est très critiquée…

Le Conseil d’Etat examine la circulaire Castaner sur l’aspect juridique. Légale ou pas, cette décision comporte plusieurs volets politiques. Il y a le côté ‘entourloupe’ pour amoindrir l’effet de la défaite annoncée de la majorité (tactique grossière qui ne mérite pas d’être commentée). Mais, fondamentalement, cette décision dénote surtout d’une volonté de dépolitisation, comme si tout un pan de la vie publique devait se passer d’idéologie (c’est-à-dire de ce corpus d’idées qui dessine une vision et un projet global). Pour gérer une commune de quelques milliers d’âmes… pour décider si les poubelles sont à ramasser le lundi ou le mardi, combien consacrer pour rénover le stade de foot ou la place de la Mairie, pas besoin d’être de gauche ou de droite… En effet ! Mais cette idée de bon sens près de chez vous, qui dépolitise la proximité, est en réalité corrosive. Bien sûr, le pragmatisme n’est ni de droite ni de gauche, mais une collectivité peut vouloir majoritairement s’afficher, s’inscrire dans une tradition locale, plutôt ouvrière dans un ancien bassin minier, ou plutôt conservatrice sur une terre rurale catholique… L’identité politique des territoires, la couleur tellurique des terroirs, l’affiliation à une lignée, font partie de l’enracinement, d’un sentiment d’appartenance, ça n’est pas rien ! Surtout en ces temps de relativisme et de déshumanisation de tout un pan de la vie sociale. Chaque électeur (pas seulement les citadins) peut, en outre, vouloir utiliser les municipales pour envoyer un message national… s’adresser à Paris, justement. Toute élection locale doit pouvoir fournir, un peu, l’occasion d’une expression nationale ! Si LREM considère que le clivage droite/gauche n’est plus valable, pourquoi en priver, administrativement ceux qui trouvent que ça l’est encore ?

Les électeurs qui veulent des maires apolitiques peuvent d’ailleurs les élire…

C’est  souvent le cas dans les toutes petites communes, dans les villages bien sûr ! Et si la différence gauche/droite n’est pas flagrante, cela veut dire qu’effectivement ce clivage est (dans ce cas au moins) inopérant… Mais la démocratie ne peut pas être simplement le choix de personnes. Pour une ville de 8.999 habitants, un maire écologiste ou un maire RN, par exemple, ce n’est –à l’évidence- pas la même chose ! L’appartenance politique, le fait d’être encarté, ont mauvaise presse parce que les partis ont failli… on confond la foi et l’église ! S’inscrire, même localement (et rien que par son vote) dans un mouvement d’idées, un projet de société beaucoup plus vaste, c’est aussi tisser un lien entre sa petite communauté municipale et le pays, c’est, d’une certaine façon, renforcer la cohésion. En ces temps d’enclavement et d’isolement social territorial, de ‘giletjaunisation’, ce n’est certainement pas le moment de dépolitiser l’échelon le plus fin du tissu démocratique du pays : la commune. LREM n’arrivant pas à idéologiser sa démarche (gros mot, pour beaucoup) … Elle a tendance, dès lors, à vouloir tout émasculer politiquement. Le marcronisme se voulait une alternative politique… cette circulaire indique plutôt une pente de vacuité politique.

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