A Hénin Beaumont, l’UMP appelle très clairement à voter pour le candidat de gauche afin de battre le candidat du Front National. Et c’est logique. La droite française, depuis l’émergence du FN en 82/83, a dressé des barrières hermétiques entre elles et le parti d’extrême droite. A quelques exceptions près (Dreux en 1983 et des accords dans les régions PACA et Bourgogne dans les années 90) la droite, sous l’autorité de Jacques Chirac qui ne voulait pas en entendre parler, a toujours combattu le FN. Et ce, malgré quelques tentatives contraires menées –à l’époque- notamment par Charles Pasqua. La droite française issue largement du gaullisme et du radicalisme s’inscrit sans ambage dans la tradition républicaine. Cependant, la situation n’a absolument rien à voir avec la décision de la gauche d’appeler à voter Jacques Chirac au deuxième tour en 2002. 2002 marquait l’apogée de FN. Le parti d’extrême droite se cognait à son plafond national, autour de 20%. Mais cette partie de la population émettait une protestation puissante, une colère désespérée plus qu’un message d’adhésion au FN. Le décryptage de l’élection de 2002 a été maintes fois réalisé et commenté. C’est fort de ce décryptage et voulant en finir avec 20 ans de nuisance électorale pour la droite classique que Nicolas Sarkozy s’est adressé sans complexe ni vergogne aux électeurs du FN, en les prenant pour ce qu’ils étaient. Des électeurs majoritairement issus de la classe populaire et angoissé. « Je vous ai compris » avait répondu Nicolas Sarkozy en mettant en place un discours sécuritaire et une politique clairement marquée à droite en la matière. Il a participé assez efficacement à l’extinction de l’audience du parti de Jean-Marie Le Pen. Ça, c’est l’analyse généralement faite pour expliquer le déclin du FN. Elle a sa part de vérité mais il y a aussi une concomitance historique entre l’avènement de Nicolas Sarkozy et le déclin du FN, à cause de l’âge du capitaine, de l’usure de ses provocations, à cause aussi des graves échecs du FN municipal à Marignane, Toulon, Vitrolles et d’une certaine façon Orange ou le maire FN a dû quitter son parti d’origine. Mais surtout, la France et les Français s’habituent à l’idée d’une France multi ethnique. Contrairement aux idées reçues, beaucoup d’enquêtes montrent que le ressentiment à l’égard de celui qui est différent, recule. La mondialisation fait plus craindre un départ de nos emplois vers l’extérieur qu’une invasion de travailleurs venus de l’extérieur. Le FN n’est pas mort mais il se meurt et la situation d’Henin Beaumont, très particulière, ne doit pas masquer la faillite politique du parti de Jean-Marie Le Pen. L’étiage actuel du FN, au niveau national, est autour de 6/7%, pas plus. La commune d’Henin Beaumont, terre historiquement de gauche, est vermoulue par une gestion désastreuse et malhonnête de la part d’un PS local incompétent. Face à cette situation très particulière, un candidat malin et enraciné, un homme du cru, épaulé par Marine Le Pen, a mené une campagne de proximité. La droite classique n’a quasiment pas de représentant ni d’électeurs sur place. Pour maximiser ses chances, le candidat du FN et Marine le Pen insistent exclusivement sur les thèmes municipaux et ont bien pris soin de tenir Jean-Marie Le Pen à l’écart de cette campagne, où sa présence aurait contribué à, en quelques sortes, « Front-Nationaliser » le discours. Quoi qu’il arrive dimanche, le cas très particulier Hénin-Beaumont ne marque pas le moins du monde un retour de flamme de l’extrême droite en France.

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