Un président qui gouverne. C'est ainsi que Nicolas Sarkozy est apparu hier soir en meeting au Havre. Qui gouverne et qui décide. Quitte à passer sur la tête de ses ministres. Il a tranché lui, et lui seul. Ses ministres se sont un peu avancés, avancés puis reculés. En fait, ils ont beaucoup cafouillé. Le premier d'entre eux François Fillon est resté muet. Et puis finalement IL a tranché. Nicolas Sarkozy a décidé de ne pas restreindre les déductions des intérêts d'emprunt aux seuls signataires d'un bien immobilier post 6 mai, non finalement tout le monde y aura droit, riches et pauvres, primo-accédants ou vieux routiers de la revente, voire de la spéculation. Passons sur le coût d'une telle mesure, pas évalué pour l'instant, l'annonce en est trop récente mais certains économistes tablaient déjà sur 4 milliards d'euros en année pleine lorsqu'elle n'était réservée qu'aux propriétaires de l'après 6 mai. Passons même sur sa justice ou sa justesse, si l'objectif est d'aider les ménages les plus modestes à acquérir leur logement, c'est évidemment raté. Si c'est de donner un bonus à ceux qui sont déjà en mesure d'acheter et de consommer, pourquoi pas. Politiquement, cette annonce illustre tout simplement à merveille la pratique du pouvoir du nouveau président Sarkozy, et son art, de transformer un "couac gouvernemental" car c'en est un, en belle opération de reprise en main personnelle. Il y a en effet quelque chose d'assez confondant à l'entendre fustiger la "pensée unique" qui tenterait de l'empêcher de mener à bien ses réformes, quand les seuls qu'on ait entendus sur la question, ce sont ses propres ministres, mais passons. Ceux qui en doutaient sont donc fixés : c'est bien à l'Elysée que tout se décide. La machine politico-administrative mise en place n'a rien à voir avec celle qui existait sous Jacques Chirac. Une demi-douzaine de conseillers éco, la fine fleur de l'inspection des finances, quand un seul regardait de loin les comptes publics sous le précédent quinquennat, compose le coeur névralgique du pouvoir. D'ailleurs Nicolas Sarkozy ne fait "même pas semblant" de déléguer, c'est lui qui reçoit directement les syndicats, pas Matignon, et les séminaires gouvernementaux se tiennent à la fin de chaque conseil des ministres, toujours à l'Elysée. Une personnalité de la majorité s'en amuse. "Si j'étais un syndicat" dit-il, "j'irai plus faire mes manifs devant les ministères rue de varenne ou de grenelle, mais devant l'Elysée, comme les sans culottes allaient clamer leur colère sous les grilles du roi à Versailles." Le pouvoir est donc revenu à l'Elysée. Qui s'en étonnera après tout c'était une promesse de campagne. Mais en passant hier si ostensiblement sur la tête de ses ministres sans craindre de les affaiblir avant même qu'ils ne commencent à exister ; En répétant hier soir au Havre, qu'il serait un président qui "gouverne" au mépris de notre constitution, c'est "le gouvernement qui détermine et conduit la politique de la nation" dit l' article 20 ; En affirmant même à l'occasion qu'il prendrait la parole devant le parlement, ce qui normalement est également fort contraint par la loi constitutionnelle, Nicolas Sarkozy prend le risque de personnaliser à l'excès son exercice du pouvoir. La promesse d'offrir à l'opposition un véritable statut après les élections législatives ne saurait suffire à corriger cette dérive un brin solitaire.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.