François Hollande était hier sur France 2 et pour reprendre une expression de Martine Aubry (ou plutôt de sa grand-mère), selon vous il y a un loup !

Oui, il y a un loup ! Mais avant de le débusquer dans sa forêt, soulignons d’abord que la forêt n’était pas mal ! Le Président innove de façon assez positive en ne recevant pas à l’Elysée dans un cadre solennel et particulier le présentateur du journal. Il vient sur le plateau de France 2 répondre à une interview, comme n'importe quelle interview habituelle... En ce sens, il ne renoue pas avec une normalité présidentielle à laquelle aurait dérogé Nicolas Sarkozy… mais il rompt vraiment avec une habitude de tous ses prédécesseurs qui s’organisaient des entretiens sur mesure et dans un cadre valorisant qui donnait à la parole présidentielle une spécificité écrasante. Il s’agit, pour le coup, d’un début de rupture. Pour qu’il y ait vraiment rupture en la matière, il lui faudra passer par les vraies conférences de presse régulières, il faudra aussi que le Président vienne, comme tous les autres acteurs de la vie politique, dans tous les grands médias, sans en abuser bien sûr, et toujours dans un cadre inchangé pour que soit enfin normalisée, simplifiée et donc démocratisée la parole du chef de l’Etat. Comme dans toutes les démocraties comparables à la nôtre. La parole présidentielle ne peut plus être un monologue sécurisé et sous cloche. Remarquons au passage le changement de vocabulaire. François Hollande ne revendique plus de faire « normal »… il veut maintenant faire « simple ». Ça vaut pour sa communication comme pour le fait de se déplacer en train plutôt qu’en avion quand il le peut. Il s’agit bien là de l’écume de la politique, d’un aspect de la fonction qui peut paraître superficiel mais qui, en réalité, en dit long sur la façon de présider de François Hollande. Et l’on sait bien que la façon de gouverner a une influence directe sur l’état d’esprit d’un pays.

Donc, venons-en à ce loup !

Ce loup a montré le bout de son nez au détour d’une phrase, lorsque David Pujadas a évoqué les faibles perspectives de croissance et a demandé au Président s’il maintenait bien les objectifs d’équilibre budgétaire en 2017. François Hollande a répondu « oui » et a dit, voilà le loup : « il faudra trouver des économies ». Cette petite phrase, l’air de rien, résume le cœur de l’ambigüité du quinquennat qui s’ouvre. François Hollande agit sur le plan européen pour que le continent renoue avec la croissance. Seule façon selon lui de créer de la richesse et donc de réduire les déficits. Ça passe, en partie par les eurobonds, des emprunts européens. L’Allemagne commence à dire que ce pourrait être une option mais après une période de redressement budgétaire. « Il y aura des économies à faire »… dit François Hollande. Les seules questions qui vaillent dès lors sont : où ? Comment ? Et avec quelles conséquences sociales ? Avant de faire un vaccin pénible mais nécessaire, le médecin nous précise qu’il va nous piquer dans la fesse ou dans l’épaule. Pas là !

Pendant toute la campagne, le candidat Hollande ne s’est pas privé de nous répéter la liste de ses priorités budgétaires (éducation, sécurité, recherche) mais il n’a jamais dessiné le contour du champ des « efforts ». Ce serait « normal » et « simple » (pour reprendre les termes positifs de ce début de quinquennat) que le Président et la future probable majorité nous disent où, comment et à quel prix seront consentis les efforts et les économies qu’on nous annonce comme nécessaires et inéluctables ! Cette question, toujours sans réponse mais normale et simple, est quand même une question à 50 milliards.

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