Ce matin, Thomas Legrand revient sur deux chiffres, les met en rapport et en tire une réflexion politique. Deux chiffres qui n'ont pas grand chose à voir, a priori ...

Dans cette même semaine, 4.7 millions de Français ont voté pour le Front National, alors que le film Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? dépassait les 8 millions d’entrées. Quel est celui des deux chiffres qui parle le plus de l’état de la société française ? De son état et de ses aspirations ? Je concède volontiers que comparer ces deux résultats impressionnants puisse apparaître légèrement tiré par les cheveux…Mais un tel score de 8 millions d’entrées est forcément obtenu par un bouche à oreille positif. Un film qui fait 8 millions d’entrées touche toutes les catégories de Français… Et les spectateurs qui vont le voir, savent maintenant exactement ce qu’ils vont voir. Un film qui dit que l’on peut « vivre ensemble ». Cinématographiquement, Laurence Peuron et Eva Bettan ne me démentiront pas, ce film est un peu lourdingue mais je ne suis pas critique de cinéma. En revanche la façon dont il manie les stéréotypes communautaires pour les tourner en dérision est sans ambages… c’est un film antiraciste qui montre que c’est en connaissant l’autre qu’on l’accepte. Cette affirmation, « connaître l’autre pour l’accepter », résonne comme un poncif dégoulinant de bons sentiments. Mais c’est une vérité sociologique. C’est ce que le géographe Jacques Levy appelle lien faible ou effets positifs et intégrateurs de la « co-présence », quand il décrit par exemple les quelques quartiers de grandes villes, où le mélange est harmonieux. Dans ces quartiers où le FN ne percent toujours pas, loin des cités ghettoïsées, des centres villes monochrome ou des zones périurbaines socialement dévastées.

Dans le film de Philippe de Chauveron, il ne s’agit pas de cette mixité urbaine mais plutôt de mixité au sein d’une famille bourgeoise !

Mais le ressors est le même : c’est en se côtoyant que l’on s’accepte. Et c’est en s’acceptant que l’on peut « vivre ensemble ». Ce fameux « vivre ensemble », terme bateau de la novlange politique n’est, en fait, pas neuf. Il ne vient pas de nulle part et ne procède pas d’on ne sait quel « prêt à penser »ou « politiquement correct ». C’est, pour ainsi dire l’un des composants de la définition de la République Française. Vouloir « vivre ensemble », voilà ce qu’est une nation disait Ernest Renan en 1882. Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu montre une France bourgeoise et rurale qui découvre la diversité, apprend à la connaître et finit par l’accepter en constatant que ses préjugés sont infondés. Philippe de Chauveron, le réalisateur fait du Renan ! Ce film est fédérateur, il montre, en s’en moquant, que les préjugés sont de tous les côtés. Ce qui permet de lutter efficacement contre le racisme en évitant les dérives de la victimisation qui limitent généralement la portée du message. Et le film délivre un message exactement inverse à celui du FN… Alors, je vous l’accorde, comparer un acte citoyen, un choix politique, à l’achat d'un ticket pour un divertissement est douteux du point de vue de la science politique, mais ces deux chiffres, qui arrivent en même temps, disent quelque chose. 4,7 millions de Français votent FN et, au moins 8 millions de Français (avec forcement des électeurs du FN parmi eux) rêvent leur société plus tolérante. La question que pose donc ces deux chiffres mis en regard est la suivante : une société avance-t-elle plus vers ce qu’elle exprime…ou vers ce que qu’elle rêve d’être ?

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