Hier à Douaumont, Angela Merkel et François Hollande ont bien sûr évoqué l’Europe…

Oui, et c’est bien normal parce qu’on a tendance à ne voir que la part négative de la construction européenne, en oubliant cette situation unique au monde et dans l’histoire… 70 ans de paix dans un ensemble politique de petites et moyennes nations voisines, sur un territoire très peuplé et finalement assez réduit. L’Europe, sa construction politique, bien qu’imparfaite, bien qu’en crise, sous la menace d’un rétrécissement, est un bien commun précieux et ces commémorations servent au moins à nous le rappeler. Il faut s’arrêter sur la phrase clef, prononcée par F.Hollande. Je cite « Aimons notre patrie, mais protégeons notre maison commune, l'Europe, sans laquelle nous serions exposés aux tempêtes de l'histoire ». Concession au mood actuel en Europe : L’amour, c’est pour la Patrie… L’Europe, elle, c’est une chose fragile, une maison mal en point qui mérite d’être protégée pour que nous soyons nous-mêmes protégés. C’est un cadre, un toit, ce n’est plus un horizon, une nouvelle frontière. Le président parle ici de Patrie, pas de Nation parce que s’agissant de la guerre de 14, ce n’était pas pareil d’être patriote ou nationaliste! Le nationalisme, c’est ce qui menace les fondations de la maison aujourd’hui. La patrie, c’est l’amour de son pays, à la façon de Péguy. La nation, c’est Maurras, le repli… « le nationalisme, c’est la guerre » disait François Mitterrand. Le début de la phrase « Aimons notre patrie, mais protégeons notre maison commune, l'Europe » établit une hiérarchie: la Patrie d’abord, l’Europe en suite. C’est un propos adapté à l’air du temps, au vent de doute européen. L’Europe de la paix c’est déjà énorme, mais c’est l’Europe minimum.

Ces cérémonies permettent aussi aux dirigeants français et allemands de sceller toujours un peu plus le couple franco-allemand…

Oui, les chef d’Etat et de gouvernement de nos deux pays mesurent, dès leur entrée en fonction, le poids de cette relation, son caractère essentiel, incontournable. Nicolas Sarkozy, en 2007, avait prévu de prendre ses distances avec Berlin pour privilégier un partenariat avec Londres. L’ancien Président a rappelé, la semaine dernière chez Nicolas Demorand, combien c’était une erreur, et combien il a vite compris que Paris et Berlin étaient intimement liés. Mais ce couple se distend. Il se déséquilibre. L’Allemagne nous apparaît de plus en plus comme le pays qui impose ses thèses et logiques économiques : La politique du zéro déficit, les portes ouvertes pour les migrants et aujourd’hui, la perspective de leur réserver des jobs à un euro, la persistance du retrait allemand sur les questions de défense, leur politique énergétique, la structure de leur pyramide des âges qui induit des besoins et des logiques si différentes, nous séparent politiquement de l’Allemagne alors qu’augmente toujours l’interdépendance économique. Le body langage symbolique de la grande entente, les ballons, les enfants de nos deux pays courant ensemble ou les mains dans les mains, les câlins des chefs d’Etat, masquent mal l’absence, de plus en plus criante, de vrais discours communs franco-allemands.

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