La loi ELAN sur le logement est discutée à l’Assemblée Nationale.

Faisons, sur ce sujet, un exercice basique : mettons en regard ce projet (qui a comme objectif louable la relance de la construction de logements)  avec l’un des aspects du discours du président, prononcé la semaine dernière sur les banlieues. Cet aspect c’est la politique dite « de population » ou de « peuplement », c’est-à-dire les voies et moyens de mieux répartir la population sur le territoire. Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de l’Etat dans la ghettoïsation, dans le fait d’avoir rajouté de la «misère à la misère» en envoyant les populations les plus fragiles (souvent les immigrés primo arrivants) toujours dans les mêmes endroits, c’est-à-dire là où les parcs de logements sociaux sont les plus élevés. C’est ainsi que certaines villes de Seine-Saint-Denis voient affluer, sur décisions préfectorales (les préfets ont la main sur environ 25% des attributions de logements sociaux), les populations les plus pauvres, et les plus perméables au communautarisme. Mécanique de ghettoïsation, donc actionnée par l’Etat, et dénoncée par le président! Mais  maintenant il va falloir changer cette logique !

Et comment faire ?

On ne sait pas. Rien n’est dit à ce sujet ! Parce que le parc de logements très sociaux se trouve concentré dans les mêmes villes. La loi discutée à partir d’aujourd’hui va permettre de créer plus de logements mais aussi aux locataires qui le peuvent d’acheter leur appartement... Rien ne dit donc que le parc de logements sociaux augmentera de façon significative. Mais surtout cette loi parle peu du mode d’attribution des logements. Les préfets sont soumis à une injonction contradictoire : loger les plus précaires et favoriser la mixité sociale ! Mais comment pourraient-ils mieux répartir les familles en difficulté, de façon plus harmonieuse sur le territoire alors que la loi SRU (loi qui oblige chaque commune à avoir 25% de logements sociaux) n’est pas respectée par nombre de villes riches. Très peu d’entre elles sont pénalisées... Rien dans la loi sur le logement n’est prévu pour améliorer la situation. Pire, un maire qui aurait 15% de logements sociaux et qui déciderait d’en vendre 2% ne passerait officiellement à 13% qu’au bout de 10 ans. Cette mesure faite pour que les offices HLM puissent trouver de l’argent frais (pour la rénovation) ne favorisera pas le logement très social en dehors des zones déjà surchargées... c’est très technique mais le grand discours sur la responsabilité de l’Etat dans la ghettoïsation est contredit par tout un tas de petites mesures qui ont chacune leurs raisons d’être, souvent valables. Voilà un exemple de l’ambivalence du discours présidentiel sur la banlieue. Emmanuel Macron a jusqu’à juillet prochain (rendez-vous qu’il a lui-même fixé) pour remettre de l’ordre dans ses priorités sur la question et faire en sorte que ses mots et ses actes aillent dans le même sens... Le « en même temps » est parfois une courageuse tentative d’embrasser la complexité des problèmes, parfois, comme ici, sur le logement et la banlieue, le résultat d’un non choix ou d’une conception inaboutie !

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