Le gouvernement prépare un décret pour réglementer les stock-options et les bonus des patrons. Un décret, pas une loi ! Pourquoi ? Il y a de plus ou moins bonnes raisons, des raisons plus ou moins avouables. La bonne raison, c'est qu'un décret c'est rapide et, s'il est bien rédigé, c'est tout de suite efficace. Le décret devrait se limiter à interdire les bonus, les stock-options et peut-être les parachutes dorés pour les dirigeants d'entreprises aidées par l'Etat. Procéder par décret est aussi une façon d'adresser aux grands patrons, dans leur ensemble, un avertissement : « Nous réglementons dans un premier temps et sur un champ limité mais si ça continue, il reste toujours la possibilité de légiférer ». La raison principale qui pousse l'Elysée à préférer un décret à une loi, c'est qu'un débat au Parlement en ce moment serait un piège pour l'exécutif. La découverte, atterrante pour le plus grand nombre, des us et coutumes des capitaines de l'industrie et de la finance, rend le terrain politique très glissant. Si une loi était discutée en séance, on aurait à coup sûr un effet dit, de « remonté de terrain ». La « remonté de terrain » , c'est l'humeur des parlementaires le mardi matin. Ils arrivent à l'assemblée. Ils viennent de passer le week-end dans leur circonscription à discuter, à se faire enguirlander, à écouter les états d'âmes de leur électeurs... Ils reviennent avec une idée toute fraîche du « mood » de l'opinion. En ce moment, c'est haros sur les profiteurs. Les grands patrons ne sont pas simplement considérés comme injustement épargnés par la crise mais comme les premiers responsables de l'effondrement d'un système qu'ils ont perverti par appâts du gain. Les députés, de droite comme de gauche, le sentent et le disent. Avec un débat dans l'hémicycle, on risquerait de voir un afflux d'amendements plus contraignants et limitatifs les uns que les autres, des propositions de plafonnement de salaire, des dispositifs d'encadrement et de contrôles coercitifs, ça n'est pas vraiment dans la philosophie sarkozienne ! Et surtout, le gouvernement devrait alors endiguer une surenchère dictée par la vindicte populaire, pendant les débats. Du coup, l'exécutif se retrouverait dans l'obligation d'endosser l'habit, peu à la mode, de celui qui défend les riches et les profiteurs. Le Nicolas Sarkozy du Fouquet's n'a déjà que trop présenté ce profil devenu cruellement inapproprié au regard de son nouveau discours sur la moralisation du capitalisme ! Voilà pourquoi un débat parlementaire n'est pas souhaité par l'Elysée. Ce qui ne l'empêche pas d'appeler les grands patrons à plus de morale. Nicolas Sarkozy en appelle à leur conscience. Le discours de mardi dernier est effectivement très moralisateur « je suis venu poser des repères et rappeler des valeurs », a-t-il dit. Il n'a pas dit, « je suis venu annoncer des nouvelles règles ». Voilà qui nous plonge dans un vaste sujet : le lien entre le droit (donc la loi) et la morale, c'est un sujet classique de science politique ou de philosophie. Droit et morale ont chacun comme objet de nous faire vivre en société sans nous étriper. Ils sont forcément liés, complémentaires ou interdépendants. Mais le mélange est à manier avec une extrême prudence ! Le plus sage c'est plutôt de se pencher sur ce qui les distingue : Le philosophe André Comte-Sponville estime que le droit vaut pour le collectif et la morale pour l'individu. Il dit ceci : « La morale n'est légitime qu'à la première personne. La morale ne vaut que pour soi ; pour les autres, la miséricorde et le droit suffisent. » Si l'on voulait suivre cette maxime, il faudrait que les politiques arrêtent de faire de la morale aux partons et s'emploient plutôt à faire des lois. Pour la miséricorde... on repassera.

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