**Vous revenez ce matin sur le cas du préfet de la région Centre qui demande à être relevé de ses fonctionsOui Bernard Fragneau, qui à l’air d’être un homme de caractère et d’autorité, à en juger par sa réputation, ses yeux sévères sous d’épais sourcils touffus, considère qu’il ne peut plus être le bras de l’exécutif dans sa région. Le geste de ce préfet est exceptionnel. Il est même unique. Le seul préfet qui ait décidé de quitter ses fonctions plutôt que d’appliquer une politique qu’il désapprouvait fut un sous-préfet, en 1981. Le sous-préfet Philippe de Villiers à l’arrivée de la gauche au pouvoir. Rappelons les faits qui ont conduit le préfet Fragneau à faire cette demande inédite, ils ont été très médiatisé : en février dernier, une jeune marocaine Najlae Lhimer vient porter plainte pour maltraitance à la gendarmerie de Châteaurenard contre son frère, avec lequel elle vit. Les gendarmes placent en garde à vue la jeune femme qui se fait expulser vers le Maroc, sur le champ au motif qu’elle était sous le coup d’un arrêté d’expulsion. Najlae, lycéenne n’a pas de famille au Maroc, ses amis et les associations d’aide aux migrants du Loiret se mobilisent alors pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une injustice.  Les élus locaux PS comme UMP réclament aussi le retour de la jeune femme. Le 8 mars, à l’occasion de la journée de la femme le président de la république annonce que Najlae Lhimer peut revenir en France. Celle-ci revient effectivement le 13 mars. Le préfet qui avait couvert et accompagné la décision d’expulser la jeune marocaine ne supporte pas cet affront et demande donc de quitter le département du Loiret et la Région Centre. Ce coup de gueule du représentant de l’Etat révèle le malaise du corps préfectoral. Ces hommes (et ces quelques femmes) doivent appliquer, à la lettre les décisions de l’exécutif. Ce qui est tout à fait naturel…mais depuis 2007 et l’avènement de la culture du résultat, l’action des préfets est soumise a des objectifs chiffrés. Le cas de la jeune Najlae Lhimer, était au regard des critères édictés par le ministère de l’intérieur, sans ambiguïté. Elle devait être expulsée. En bon serviteur de l’Etat et de la loi, le préfet avait su résister aux pressions et avait fait ce que Paris lui demandait de faire : du chiffre et de la rigueur. Pour des raisons politiques ou humanitaires, sans doute les deux, Nicolas Sarkozy a finalement décidé que Najlae pouvait revenir en France. Chacun était dans son rôle, le préfet a appliqué la règle et le président a décidé de l’exception Oui, c’est vrai. Et ça arrive très souvent. Sur intervention de ministre, qui lui-même relaie des réclamations d’élus ou de membres d’associations, le préfet peut hâter la régularisation d’un sans papier, via la procédure dite « au fil de l’eau » qui permet de passer outre la rigueur des critères. Cette fois ci, c’est vrai : ordonner le retour d’une expulsée peut ressembler à un désaveu de l’action du préfet mais cette affaire est surtout le révélateur de la situation de plus en plus inconfortable des représentants du gouvernement dans les régions et départements. Ils doivent appliquer certaines directives faites, non pas (en priorité) pour régler un problème sur le terrain mais pour afficher une politique au niveau national. Ainsi l’objectif chiffré des reconduites à la frontière est d’abord et avant tout destiné à l’affichage d’un résultat annuel global et national, un affichage politique. Au plus près du terrain cette méthode est, le plus souvent sans cohérence. De nombreux préfets vivent ces situations absurdes en silence, de nombreux gendarmes et policiers, à leurs niveaux ont aussi ces problèmes qu’ils ne peuvent pas exprimer. La culture du résultat et les objectifs chiffrés sont des méthodes revendiquées par le gouvernement. Le pragmatisme et l’évaluation aussi. Il serait peut être temps de connecter ces deux logiques : la politique du chiffre et l’évaluation. Autrement dit il serait peut être temps d’évaluer l’efficacité, sur le terrain, comme au niveau national de la politique du chiffre, 3 ans après le début de son application.**

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