Jean-Noël Guérini, le président du Conseil général des Bouches-du-Rhône était aussi, premier secrétaire fédéral du PS dans ce département. Cumul en contradiction avec les statuts du parti. Cumul que Martine Aubry tolérait au nom d’une soit-disante spécificité locale. En réalité, au nom d’un manque d’autorité sur une fédération hors la loi. Guérini a finalement décidé de ne plus être le chef des socialistes de son département mais souhaite rester président du Conseil général. Et à lire ce que dit Arnaud Montebourg, candidat aux primaires, mais aussi anciennement chargé par son parti d’un rapport sur la rénovation du PS, on est estomaqué. Ça s’est fait en deux temps. Il y a quelques semaines, Le Point publie les six pages d’un rapport accablant rédigé par Arnaud Montebourg, la plume altière et vengeresse (à la Montebourg...) ; le rapport est destiné à la direction du PS. On y lit que Jean-Noël Guérini se sert outrageusement du conseil général pour distribuer prébendes et avantages à des proches, que des menaces physiques sont opposées à ceux qui voudraient ne pas marcher dans la combine. A la fin de ces six pages, on est écœuré et l’on se demande si c’est par la méthode d’Arnaud Montebourg ou par le PS des Bouches-du-Rhône. Si le rapport ment, alors Arnaud Montebourg est un dangereux personnage qui s’adonne à la calomnie pour se faire de la pub, s’il dit vrai alors Arnaud Montebourg a raison et Solferino doit mettre cette fédération sous tutelle, comme ce fut fait pour la fédération de l’Hérault de feu Georges Frêche. Bref Montebourg en disait trop ou pas assez. Et puis Jean-Noël Guérini a porté plainte pour diffamation. Du coup, pour se défendre, Arnaud Montebourg a constitué un dossier, beaucoup plus épais. Ce dossier, comprenant 44 pièces, 170 pages, 20 témoignages et un enregistrement audio, a été porté au siège du PS. La direction du PS n’en a rien fait, estimant qu’elle n’a pas à consulter des documents sur une affaire en cours ! L’Express publie ces documents sur son site. Et là, on comprend que le PS doit absolument agir sous peine de ne plus pouvoir décemment donner des leçons de gouvernance à la majorité. Le PS diligente donc une enquête interne confiée à Alain Richard, ancien ministre de la défense.Enfin ! Il était temps. Et encore, Martine Aubry a dit hier soir que ce n’est pas le rôle du PS de trancher une affaire en cours. Le PS peut, on l’espère pour lui du moins, combattre certaines pratiques ayant cours sous sa bannière ! Tout ça est bien lent surtout qu’Arnaud Montebourg accuse maintenant Jean-Noël Guérini de complicité avec son frère Alexandre, détenu dans une affaire de trafic de marchés publics présumés frauduleux. On peut se demander si les socialistes ne seraient pas bien inspirés de présenter un autre candidat que Jean-Noël Guérini pour présider le département, en attendant au moins que la commission d’enquête interne d’Alain Richard rende ses conclusions. Il ne faut pas être dupe, Arnaud Montebourg aime ce rôle de chevalier blanc, à plume, sa campagne interne peine un peu en ce moment. Tout ça n’est pas mauvais pour lui, c’est un fait… s’il s’avère qu’il a tort, il ne pourra plus concourir à l’investiture du PS, mais s’il a raison (et pour l’instant c’est lui qui apporte des éléments) la direction du PS devra expliquer un peu mieux les motifs de cette aveuglement volontaire sur les pratiques de l’une de ses plus importantes fédérations.

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