Quelle semaine ! Pendant laquelle la notion de République aura été questionnée...

Oui, la république, ce mode particulier de démocratie, ce corpus commun de valeurs, référence presque identitaire qui a l’avantage –théoriquement- de n’être basée ni sur le sang, ni sur les origines. Il en a été question avec les deux figures qui ont dominé cette semaine incroyablement riche en émotions. Arnaud Beltrame nous a fait passer du statut de pays victime du terrorisme à celui de résistant au terrorisme. L’assassinat de Mireille Knoll a réveillé des consciences qui auraient dû se manifester dès 2006 au moment de l’assassinat d’Ilan Halimi, à coup sûr quand, en 2012, Mohamed Merah a assassiné des enfants juifs ! Notre assise républicaine, le socle de notre cohésion, est un peu confortée après cette semaine d’hommages et de commémorations, ce mélange de cérémonial rituel aux Invalides et de spontanéité populaire à travers toutes les discussions des Français entre eux, sur ces deux évènements, partout, en famille, au travail… et la marche blanche dans plusieurs villes… Il est pourtant un autre évènement cette semaine… d’une intensité dramatique et politique apparemment plus faible, mais qui a beaucoup à voir avec, justement, la République et sa réalité concrète, quotidienne…

Vous parlez de la démission du maire de Sevran, Stéphane Gatignon.

Parce que la république dont on se gargarise est sapée, mitée, chaque jour, dans les quartiers populaires de banlieue. Les populations qui y vivent y sont cantonnées, ghettoïsées par une double force : la discrimination territoriale, la diabolisation de l’adresse et du code postal ! Et de l’autre côté, l’islamisme qui offre les solidarités, les promesses d’absolu, ou de reconnaissance que la république, justement , n’offre plus à tout le monde. Stéphane Gatignon, pourtant étiqueté LREM, en veut –et il a des raisons solides, chiffrées- à l’exécutif de ne pas mettre le paquet sur ces quartiers, pour y faire revenir, justement tout ce que la république prétend  représenter. Les crédits de l’ENRU (la rénovation urbaine) sont accordés au compte-gouttes, tout le tissu associatif, les travailleurs sociaux, sont asséchés, laissés seuls sur le terrain… La promesse macronienne d’établir une société de l’émancipation n’est pas tenue en banlieue…Les municipalités sont exsangues. Les soutiens macroniens de 2017, nombreux dans ces quartiers, déchantent. Le rapport et les recommandations demandées à JL Borloo sur le sujet tardent à venir. Il est justifié de s’indigner contre le communautarisme qui s’abat sur les banlieues, et de vanter la mixité… mais quand les villes riches continuent à préférer payer les pénalités plutôt que de construire le minimum de logements sociaux que le loi SRU impose et quand, à la tête de l’Etat, on fait preuve d’une certaine mansuétude pour ces pratiques de défausses sociales de ces municipalités repues, on vide de sens tous les discours et trémolos républicains que l’on peut (et doit) tenir dans les moments paroxystiques. Arnaud Belrame a illustré la défense de nos libertés, l’hommage à Mirelle Knoll évoque la fraternité, la démission de Stéphane Gatignon doit nous alerter sur le pilier central de la république : l’égalité !

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