C’était samedi et il était temps ! Edouard Philippe et Olivier Véran ont tenu, avec des membres du Conseil scientifique, une longue conférence de presse au cours de laquelle ils ont enfin cessé de prendre les Français pour des enfants. Changement radical de communication gouvernementale pour affronter la crise.

Edouard Philippe et Olivier Véran
Edouard Philippe et Olivier Véran © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT

Le Premier ministre n’essayait plus de nous convaincre que porter un masque ou se faire dépister était inutile… Non, il expliquait que l’on manquait de masques, de tests, de respirateurs mais que les pouvoirs publics se démenaient pour faire fabriquer ou importer ce matériel en masse. 

Ce langage de vérité manquait. Edouard  Philippe n’a pas prononcé le mot ‘pénurie’, préférant parler de ‘tension’. ‘Tension’, c’est le mot poli pour ‘pénurie’. Chacun aura compris. Les arguments  sanitaires pour masquer la pénurie devenaient insupportables aux  oreilles de citoyens adultes. C’en est fini, tant mieux. Edouard Philippe a aussi dit quelque chose de très important : ‘nous ne savons pas tout, nous avons des doutes sur certains aspects de la pandémie’. 

Même si le champ de l’incertitude (c’est inhérent aux crises) est exceptionnellement élevé, ce positionnement va de pair avec la responsabilisation de la population, demandée par les pouvoirs publics pour la stricte application des gestes barrières et du confinement. 

On le voit avec la polémique autour des recherches du professeur Raoult, il n’est pas simple d’accepter la part d’incertitude, de ne pas la considérer comme un défaut de l’Etat. Seulement, si nous exigeons la transparence, alors il nous faut admettre que le gouvernement puisse nous dire ‘on ne sait pas tout !’ Sur-jouer la certitude nourrit - en plus- le complotisme.

Edouard Philippe prévient aussi : 

Je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du retard dans la prise de décision du confinement.

Cette paraphrase du mot de Paul Nizan sur ses 20 ans dit le contraire de ce qu’elle veut dire ‘Je ne laisserai pas dire’ ne veut pas dire que c’est faux (juste qu’il ne laissera pas le dire…). Mais oui, on a trop tardé… Seulement, le reprocher au gouvernement est injuste. 

Tous ceux qui lui tiennent rigueur de ce retard se scandalisaient à l’idée que l’on puisse repousser le premier tour des municipales. Il suffit de réécouter les déclarations des politiques (majorité et opposition) et (c’est important) de la plupart des scientifiques pour constater que personne n’avait pris la mesure de la puissance de la pandémie. Il sera toujours temps de se retourner sur le sujet après la crise, pour en tirer des leçons… Pour l’instant, c’est la course contre la montre, la bataille. 

Nous ne savons pas quel sera le bilan de la pandémie, jusqu’à quand nous resterons confinés, quels seront les traitements efficaces, quels seront les dégâts économiques. La délimitation assumée, actualisée, entre les certitudes qui permettent l’action et les incertitudes qui soulignent le danger et justifient les contraintes qui pèsent sur la population, est un élément rassurant. Oui, paradoxalement c’est rassurant de savoir ce que l’on ne sait pas ! Avec une communication pédagogique, transparente de la sorte, chaque réduction du champ de l’incertitude sera vécue comme une victoire et donnera à tous de l’espoir et du courage.

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