L’idée d’un rapprochement entre François Hollande et François Bayrou faisait dire au Figaro hier que François Hollande faisait un grand écart.

Oui, mais en réalité ce n’est pas François Hollande qui va faire le grand écart, ce seront peut-être ses électeurs du second tour. François Hollande, pour l’instant ne fait aucune concession programmatique à la gauche de la gauche. Pourquoi en ferait-il d’ailleurs, lui qui a gagné la primaire, c'est-à-dire un scrutin où il n’y avait que des électeurs de gauche, en faisant campagne au centre gauche ? Maintenant, qu’il s’adresse à tous les électeurs son GPS politique ne peut pas, en toute logique, lui dire d’aller plutôt vers la gauche. Michel Sapin, chargé de préparer le projet du candidat socialiste, et surtout chargé de le chiffrer, (ce qui, dans le contexte actuel, revient à tenter d’évaluer au litre près le volume de l’eau qui se trouve dans la Méditerranée) prépare un projet de rigueur. Rigueur juste, rigueur équitable, rigueur assumée, raisonnable ou partagée… Il lui faudra trouver les adjectifs enjoliveurs pour emballer la triste réalité. Bien sûr, les responsables socialistes vous diront qu’il y a des sanctuaires : l’éducation, la recherche, qu’il ne faut pas non plus casser tout espoir de reprise en asséchant l’économie par trop de rigueur…. Toujours est-il que le programme Hollande2012 a toutes les chances de ressembler à une copie, à peine rosie de ce que pourrait proposer François Bayrou… à quelques points de TVA près. Ce qui pouvait les séparer jusque là est amoindri par la crise. Et à partir du moment où François Hollande dit et répète qu’il veut que la France entre dans les clous budgétaires définis par l’Europe, alors, s’il est logique avec lui-même, son projet sera Modemo-compatible (ça veut dire compatible avec le Modem).

Mais il lui faudra quand même les voix de la gauche de la gauche pour gagner !

Bien sûr, mais selon la formule, au premier tour nous choisissons, au second, nous éliminons. Si François Hollande est au second tour, toute la gauche votera donc pour lui, et, il aura, en plus, l’appui d’un François Bayrou qui aura été courtisé et rassuré par un programme dit « raisonnable ». Voilà le beau scenario que font les stratèges socialistes. Des proches des deux candidats se voient déjà très régulièrement pour évoquer ce schéma. En attendant, en bon centriste de « l’exact milieu du centre », François Bayrou cultive l’équidistance entre Hollande et Sarkozy. Et puis on ne sait jamais… Il lui faut faire un score substantiellement plus élevé que celui des Ecologistes et du Front de Gauche pour imposer sa place d’incontournable. Cette construction politique est assez logique, et sur le papier peut paraître imparable. Mais il y a sur cette voie toute tracée, deux obstacles : Nicolas Sarkozy et la crise. Le premier est plus prévisible que le second. La crise, voilà le véritable arbitre. On sait que c’est un arbitre inéquitable. On ne sait pas encore de quel coté il penche. La crise, devenant plus européenne que sarkozienne, va-t-elle agir comme du sel sur les vieilles plaies de la gauche et réveiller la discorde du referendum de 2005 ? Ou va-t-elle, au contraire, souder tous ceux qui veulent l’alternance ? Finalement, le grand écart le plus acrobatique auquel sera confronté François Hollande ne sera pas entre Mélenchon et Bayrou mais bien entre les « nonistes » et les « ouiistes »de 2005 de son propre parti.

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