L’UMP et le revote.

Oui, il faut revoter…c’est l’avis partagé par tous sauf un petit quarteron de fidèles copéistes. On imagine très bien dans quel état d’esprit est maintenant Jean-François Copé : « J’y suis, j’y reste ». En bon bonapartiste-néo-gaullien-autoritaire, il doit faire le pari de la grégarité naturelle inhérente à la droite et penser qu’avec le temps, les pros-revote se perdront dans des querelles de procédure pendant que lui regagnera du crédit auprès des militants en faisant son métier d’opposant. Un parti de droite, ça se conquiert à la hussarde, ça fait aussi parti du mythe…Donc Copé peut très bien finir par gagner. Mais Copé peut perdre si jamais l’UMP décidait tout d’un coup qu’on était au XXIème siècle ! Voilà pourquoi ce nouveau verbe très en vogue « revoter », ne se conjugue pour l’instant qu’à un nouveau temps : l’impératif-conditionnel. Tout dépend en fait, de la vitalité démocratique du corps électoral des militants UMP. Ce corps électoral veut-il d’abord un chef ou veut-il d’abord une ligne politique ? Le vote du 18 novembre ne lui a pas permis de trancher. Ce jour-là, l’UMP (outre tricher) a dissocié les personnes des programmes. Il y avait d’un côté les candidats à la présidence et d’un autre, les motions, les textes programmatiques. Du coup, même si le résultat de la présidentielle interne avait été limpide et non contesté, personne n’aurait pu dire pour autant quelle était la ligne politique de l’UMP parce que les motions, disparates, n’ont pas donné de résultats tranchés. La motion arrivée en tête, celle dite de la « droite forte » n’a recueilli que 28%... En fait l’UMP arrive, dans son fonctionnement -disons baroque- à cumuler les excès du parlementarisme de la IVème République et les inconvénients de l’hyper-personnalisation de la Vème République ! Moyennant quoi, un revote ne répondrait pas nécessairement à la seule question qui vaille dans un parti moderne : quelle est la ligne politique ?

Donc un « revote » ne servirait à rien ?

C’est vrai que l’UMP ne va pas changer ses statuts bizarres dans l’urgence. Pourtant, le mieux serait que, d’une façon ou d’une autre, deux camps identifiés s’affrontent dans un débat idéologique clair. Il faudra bien que l’UMP arrive à trancher un jour, entre la droite buissonienne, cette droite identitaire, celle qui veut faire inscrire dans la Constitution que la France a des origines chrétiennes ou qui veut interdire le droit de grève aux enseignants et l’autre, la droite conservatrice libérale, sociale et européenne, bref la droite modérée. L’UMP pourrait prendre exemple sur le PS. La fracture idéologique interne au PS est réelle mais elle est lisible et gérée : faut-il oui ou non respecter la discipline budgétaire avant de redistribuer ou faut-il une politique de relance keynésienne ? Les primaires et le congrès ont tranché ces débats de fond très importants. L’aile sociale démocrate a gagné. Mais l’UMP refuse son débat interne par bonapartisme atavique et aussi parce qu’un débat tournerait au dépeçage du sarkozysme idéologique. Ce serait en creux l’exercice du droit d’inventaire qui risquerait d’être cruel pour l’ancien président. Nicolas Sarkozy, qui a mis le loup Buisson dans la bergerie de la droite, qui a laissé l’UMP dans cette friche idéologique et ce bazar organisationnel, et qui –on vient de le voir- n’a plus aucune autorité sur son parti… Nicolas Sarkozy fera tout pour que ce débat n’ait pas lieu. Le FN, l’UDI et le PS ont quelques mois pénards !

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