Ce matin… vous émettez quelques doutes sur les vertus démocratiques de la primaire.

La primaire ouverte devient, à l’évidence, un instrument indispensable pour à la fois régler la question du leadership, qui se pose dans tous les grands partis de gouvernement, et aussi pour trancher les lignes politiques. Ce sont les socialistes qui avaient inauguré, en 2011, ce principe. La droite vient, de façon encore plus éclatante, de prouver que la primaire ouverte permet un vrai débat. Mais maintenant que l’on a le recul sur 2 primaires réussies, un constat s’impose : cet exercice ne permet pas de reconnecter la partie la plus populaire et la plus jeune de la population avec la politique. Les électeurs de ces 2 primaires se sont avérés être, en réalité, assez typés sociologiquement. Ce sont, en ville ou dans les zones rurales, des catégories de la population bien plus aisées et âgées que la moyenne nationale, qui se sont déplacées. C’est quand même un comble qu’un procédé comme la primaire, censé moderniser et rapprocher la politique des citoyens, aboutisse à finalement accentuer l’emprise des plus intégrés (des plus inclus, comme diraient à la fois Patrick Buisson et Emmanuel Macron) sur la désignation des candidats, et surtout sur le choix de la ligne politique à proposer au pays. Si l’on y réfléchit bien, les efforts que demande (justifiés ou non, ce n’est pas le propos) que demande François Fillon aux Français ont été approuvé, via la primaire, par une population qui n’aura pas à les fournir… en matière fiscale, sociale ou de santé, par exemple. Les maires de Tourcoing et du Havre, 2 villes populaires que nous avons reçus lundi, avaient bien perçu

et exprimé ces soucis démocratiques. Et pas seulement parce qu’ils représentent 2 candidats défaits.

Pour la primaire de la gauche aussi, en 2011, il y avait eu ce biais sociologique ?

Oui, dans le département plutôt aisé des Hauts de Seine, il y avait eu, en 2011, une moyenne de 512 votants par bureau de vote, alors qu’en Seine-Saint-Denis, département le plus populaire de France, ils n’étaient que 270 par bureau. Les deux 1ères primaires ouvertes sont, en réalité (malgré la forte participation), des relatifs échecs populaires et surtout des moments générateurs d’illusion d’optique sur le véritable état de l’opinion. Alors l’une des explications peut être que les débats internes à un camp sont forcément moins caricaturaux, moins tranchés, plus subtiles et demandent, pour s’y intéresser vraiment, d’avoir un rapport à la politique déjà bien établi ! L’autre explication serait que ni le PS ni LR ne proposent des programmes qui parlent et conviennent aux catégories les plus populaires et qu’il faut, pour retrouver le lien avec le pays profond,

passer soit par les extrêmes, soit, comme Emmanuel Macron, par une démarche agressivement transgressive à l’encontre du vieux monde partidaire. Le fait qu’une primaire ouverte et populaire aboutisse à ce que les hommes clefs et neufs du parti qui pourrait prendre le pouvoir en 2017 soient Bernard Accoyer et Gerard Larcher vient confirmer de façon caricaturale ce sentiment que l’exercice de la primaire n’est pas encore tout à fait au point.

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