Vous vous penchez sur le cas Mélenchon. Est—il toujours le 1er opposant au macronisme?

Oui, parce que parmi les chefs de l’opposition, Jean-Luc Mélenchon est le seul incontesté ou et renforcé par la présidentielle. Il se permet même –coquetterie de gauche- d’affirmer avec pourtant une belle autorité naturelle que LFI n’a pas besoin de chef. Heureusement pour elle, elle en a un ! Seulement son principal carburant d’opposant, la loi travail, s’est tari. La loi est passée, et JL. Mélenchon reconnait que la partie a été gagnée par le président. Pourquoi une loi plutôt impopulaire n’a-t-elle pas été combattue par la rue ? Il y a des raisons évidentes… Il s’agit d’une réforme proposée avant l’élection. Le président n’a pas été élu grâce à cette idée mais il a quand même été élu l’ayant proposée. Le corps électoral est logique. Il a choisi un homme qui avait un programme, il le laisse (même dubitatif) l’appliquer... au moins au début. Cette explication n’est pas celle de LFI, qui met en cause la légitimité du président et parle de coup d’Etat social, d’un peuple berné par la com’ et une presse alignée. Mais, ils commencent quand même à se poser (entre eux uniquement) la question de l’outrance de cette position, légèrement complotiste, que l’opinion n’a pas suivie, et espèrent maintenant que le peuple se réveillera aux 1ereffets négatifs de la politique engagée.

Il y a quand même de vifs débats au sein de La France Insoumise

Il y a des interrogations sur la stratégie mais un seul débat idéologique pose vraiment problème. Celui de la laïcité. Sur le reste, LFI a réussi à se constituer un socle théorique assez cohérent, en y introduisant, par exemple, la matrice de l’écologie. Mais, en effet, la laïcité est une pierre d’achoppement chez les insoumis. Pour connaitre la pensée profonde de JL Mélenchon sur le sujet, il faut lire un petit livre qu’il a écrit en 2008, en réponse au concept de « laïcité positive » développé par Nicolas Sarkozy lors de son discours au Latran à Rome en 2007. Dans ce livre érudit, JL Mélenchon se montre fervent séparateur de l’église et de l’Etat bien sûr mais aussi défenseur d’une partie de la population qu’on a tendance à négliger : celle qui ne croit pas et qui se sent agressée par un fait religieux envahissant. Quand on se replonge dans ce livre, on se dit que JL.Mélenchon est à l’opposé de la députée Danièle Obono qui développe une vision plutôt victimaire du fait islamiste. Ce débat est tendu parce que la laïcité est un concept souvent mal compris, mal accepté dans une partie de la jeunesse issue de l’immigration, en proie à la pression de l’islam politique. C’est une population qui d’autre part vit une discrimination que, bien naturellement, LFI veut combattre. Comment mener cette guerre culturelle, républicaine et laïque contre les obscurantismes religieux sans braquer cet électorat potentiel ? Le faut-il seulement ? C’est une réflexion musclée, inflammable, en cours chez les insoumis. Une parole forte de JL.Mélenchon sur ce sujet est très attendue. 

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