Emmanuel Macron demande à ses ministres de lui faire des propositions pour apaiser les rapports entre la police et la population.

Ne serions-nous pas arrivés à un point où il s’agit plutôt d’envisager une toute autre philosophie du maintien de l’ordre, fondée, comme en Allemagne, en Angleterre ou dans les pays du nord, sur la désescalade. 

Mais le gouvernement, si l’on écoute le ministre de l’Intérieur, et de façon plus étonnante -et certainement plus contrainte- le ministre de la Justice, semble estimer que le problème de la police n’est pas structurel. 

Or, le bastonnage en règle de Michel Zecler, par quatre fonctionnaires à l’intérieur, puis sous les yeux d’une quinzaine d’autres à l’extérieur, sans qu’il s’en trouve un pour dire stop, prouve le contraire. Les dizaines de témoignages –mais sans images- de situations comme celle-ci dans les grandes agglomérations attestent que la police, en elle-même, a un problème de racisme et de violence. 

Tous les policiers ne sont pas racistes mais le racisme y est bien plus toléré que dans le reste de la société. 

Ce décalage est explosif. Tant d’années de discours sécuritaires, de la relative impunité policière, une police confrontée à une violence sociale, à la ghettoïsation, à la dislocation des rapports sociaux du fait de l’affaiblissement des corps intermédiaires, se retrouve dans une sorte de face à face agressif (des deux côtés) avec la jeunesse des grandes villes ou la partie de la population qui proteste. Elle est en revanche très populaire dans le reste du pays, ce qui crée une fracture de plus…

Les ministres de l’Intérieur semblent impuissants… 

Souvenez-vous quand, l’année dernière, Christophe Castaner avait fini par oser rappeler les policiers à l’ordre après une série de violences, leurs principaux syndicats avaient estimé être lâchés par le ministre. Rappeler le minimum de déontologie, pour eux, c’est être lâché… Il faut dire que par ailleurs le pouvoir politique les place sous une constante pression. Que ce soit pour le maintien de l’ordre en manifestation ou pour restaurer la sécurité quotidienne. 

Le politique à un discours sur l’ordre, il veut des résultats rapides. Pendant ce temps-là, les chaines d’infos démultiplient la réalité du désordre. La politique de la tolérance zéro et l’info continue effacent la latitude de l’officier sur le terrain. Celui-ci, pourtant, peut mieux évaluer si une intervention prématurée ou trop musclée ne créerait pas un trouble à l’ordre public plus important encore. 

Plusieurs chercheurs, depuis des années, ont bien identifié les engrenages qui aboutissent au fait que la police est aujourd’hui beaucoup plus raciste que le pays, les rouages qui aboutissent à ce que la réponse à la croissante violence revendicative soit forcément toujours plus de répression. 

Tout est à repenser : recrutement, formation, chaine hiérarchique…

Doctrine du maintien de l’ordre, discours sécuritaire mais aussi pratique du tout-info. Que veut-on ? Une société d’ordre ou de paix ? Les deux sont liés, certes mais la paix est un but, l’ordre un moyen… En quelques  décennies, on est passé ‘du gardien de la paix’ aux ‘forces de l’ordre’. Ça change tout…‘L’ordre’ comme objectif affiché au lieu de la ‘paix’.

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