Les états-majors politiques continuent de préparer les municipales, mais certaines investitures sont de véritables casse-tête. C'est comme ce petit bout de sparadrap qui colle au bout des doigts du capitaine Haddock. Il a beau secouer les mains, se démener et s'énerver, rien n'y fait, il est toujours là ce petit morceau de scotch. Quant il croit s'en être débarassé, il le retrouve collé, sur la visière de sa casquette ou au bout de son nez. Certains candidats aux municipales ont décidément les mêmes vertus Sécotine que ce sparadrap d'Hergé. Les états majors des partis politiques les jugent encombrants, gênants, carrément étouffants parfois, mais eux, s'accrochent. Et selon leur degré de nuisance, et bien, on les décolle avec douceur, on les arrache un peu brutalement, ou on tente à l'inverse de s'en accomoder pour de bien mauvaises raisons. Hier par exemple, on a appris que Christian Vanneste député du Nord allait être investi par l'UMP pour porter ses couleurs à Tourcoing. Christian Vanneste, condamné pour "injure envers les homosexuels" à 3000 euros d'amende en janvier dernier. Ce n'est pas si courant dans le landernau politique. L'UMP toute de probité vêtue lui avait refusé son étiquette aux dernières législatives, sans aller néanmoins jusqu'à présenter un candidat contre lui. Depuis, il a totalement réintégré le giron de la majorité. Il était au buffet des parlementaires à Matignon en juin dernier, là pour accueillir François Fillon en visite à Tourcoing. Comme il l'affirme lui même, assuré et cynique : "on n'est jamais fâché longtemps avec quelqu'un qui fait 58% des voix". Voilà le secret, Tourcoing est l'une des villes que l'UMP espère regagner sur les socialistes en mars prochain. Christian Vanneste est donc ce petit bout de sparadrap un peu honteux certes, mais que l'UMP se colle derrière l'oreille, car l'important, c'est la victoire. Plus compliqué à gérer, le cas Peyrat à Nice. Jacques Peyrat, 74 ans, sort très affaibli de ses deux mandats de maire. Il n'avait d'ailleurs gagné en 2001 qu'avec quelque 3000 voix d'avance, une paille sur la promenade des Anglais. Pour conserver la ville, l'autre homme fort du département, Christian Estrosi, a donc décidé de se lancer, avec le soutien de son ami personnel Nicolas Sarkozy. Le problème, c'est que Peyrat s'accroche. Autant vous dire que l'Elysée a déployé de grands moyens pour tenter de le décoller. Reçu une première fois par le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, il a fait grimper les enchères, "Tiens, pourquoi pas un poste de sénateur en échange de mon retrait, et d'ailleurs je voudrais que ce soit le président en personne qui me demande cette faveur". Reçu par Nicolas Sarkozy en personne, il a surenchéri, quitte à se griller. Le 5 novembre prochain, son cas devrait être réglé par la commission d'investiture de l'UMP. Il part en douceur, avec les honneurs, ou on l'arrache d'un coup sec sans ménagement. Tous les morceaux de sparadrap ne se valent pas à l'UMP. Alors bien sûr, le parti socialiste a aussi ses petits scotchs dont il ne sait que faire. Michel Charzat, maire sortant du 20ème arrondissement parisien qui n'en finit pas d'être dissident, ou même Daniel Vaillant dans le 18ème, qui a été investi par les militants certes, mais enfin qui ne sert pas forcément l'image de renouvellement souhaitée par le maire de Paris ou le PS en général. Chacun se secoue les mains comme il peut. Parfois, le scotch tombe de lui-même. En 2008, pour la première fois depuis 30 ans, Louis Mexandeau, 76 ans, socialiste, ne sera pas candidat à la mairie de Caen, même les sparadraps les plus résistants, connaissent une date de péremption.

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