On est tenté de se dire « après tout pourquoi s’offusquer? ». La gauche sait battre le pavé quand il le faut et personne ne trouve rien à y redire. La démocratie du bitume est une spécialité nationale qui a ses codes, ses règles. Notre culture politique née de la révolution admet la protestation comme une forme normale d’expression politique. La droite l’utilise rarement. On se souvient bien sûr du 30 mai 68. Manifestation monstre sur les Champs Elysée mais ce n’était pas de la protestation. Au contraire c’était une démonstration de force du pouvoir en place et de ses relais. Jean-François Copé pense plutôt aux manifestations pour la défense de l’école privée en 1984. Beaucoup de monde. La rue avait parlé et le gouvernement de Pierre Mauroy avait du retirer son projet. Des représentants de l’église, des associations de parents d’élève et tous les leaders de l’UDF et du RPR en étaient. Jean-François Copé parle de manifester, le cas échéant pour s’opposer à des projets qui sapent (j ele cite) « les piliers de notre société ». Il évoque le droit de vote des étrangers non communautaires pour les municipales et le mariage homosexuel et s’inscrit ainsi dans une mouvance conservatrice et même réactionnaire. (Un réactionnaire est un conservateur qui réagit).

L’UMP aurait elle la possibilité de mobiliser sur ces sujets ?

Peut-être mais on se demande vraiment si Jean-François Copé a bien réfléchis à ce que serait des manifestations de masse sur ces deux sujets. On est loin de l’école « privé ou libre »… En 84, il s’agissait de défendre l’organisation du système scolaire, avec une population affiliée, des métiers associés en même temps que des principes. Et au fond, derrière la vigueur du combat politique, les arguments des batteurs de pavés étaient assez modérés. Simone Veil et Jacques Chirac étaient en tête des cortèges. Le FN encore embryonnaire ne pouvait pas s’emparer de ce sujet. Sur le mariage homosexuel et le vote des étrangers, c’est l’inverse. Le gros de la troupe qui défilerait serait d’extrême droite. Bien des sympathisants UMP ou centristes qui ne sont pas favorables à la réforme du mariage et qui craignent l’extension du droit de vote ne sont certainement pas disposé à descendre dans la rue pour réduire leur opposition à des slogans qui seraient forcement interprétés comme des slogans contre une partie de la population. Ils ne sont ni homophobes ni racistes. Qu’est-ce qu’il y aurait écrit sur les pancartes ? Le FN et l’UMP seraient côte à côte sur les boulevards. Il ne peut en être autrement tant ces deux sujets sont d’abord des obsessions du FN. Quand, sur des sujets de société la gauche défile, contre le racisme ou pour l’extension d’un droit, les slogans de l’extrême gauche et de la gauche sont compatibles « non au racisme », « non aux fichiers ADN »… Ces slogans ne contaminent pas le pan modéré de la gauche. A l’inverse, il sera beaucoup plus compliqué à l’UMP de ne pas être débordé, englobé par une parole outrancière, homophobe ou xénophobe qu’elle ne pourra pas assumer longtemps. Cet exemple montre qu’il y a bien une différence fondamentale entre les accointances des gauches et les accointances des droites. L’UMP se plaint toujours que les premières soient tolérées alors que les secondes sont dénoncées. Il suffira que l’UMP essaie d’organiser des manifs contre le mariage homosexuel ou anti droit de vote des étrangers, pour comprendre les réalités de cette dissymétrie.

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