Par Marc Fauvelle.

Comment et pourquoi les écologistes ont avalé la suspension de l'écotaxe…

En théorie, il y a avait là tous les ingrédients pour faire exploser l'attelage si fragile entre les Verts et le gouvernement, déjà mis à mal ces derniers mois par l'austérité ou par le discours de Manuel Valls sur les Roms... Une taxe, présentée comme écolo, et dont l'application aurait été un symbole, un marqueur de la conversion à l'écologie d'un François Hollande qui n'a jamais vraiment été porté sur la question... Tout commence donc hier matin par un coup de fil, un peu in extremis… Nous sommes deux heures seulement avant l'annonce de Jean-Marc Ayrault, et le cabinet du Premier Ministre tente par avance de désamorcer la crise. Il annonce à Cécile Duflot la solution retenue : une suspension de cette taxe poids lourds, une nouvelle reculade, mais promis juré, ce n'est pas un enterrement...

Une petite humiliation de plus pour les écologistes, qui n'avaient pas été mis dans la confidence ces derniers jours, et qui en plus vont devoir avaler une autre couleuvre dans la foulée... Quand Jean-Marc Ayrault prend la parole à Matignon, il est encadré par trois de ses ministres, agriculture, transport et agroalimentaire... Trois ministres, mais pas celui de l'écologie, Philippe Martin, qui n'aura pas l'honneur d'être sur la photo, sans doute pour ne pas froisser les agriculteurs. Aussitôt, les amis de Cécile Duflot s'organisent : réunion de crise autour de la ministre dans ses locaux rue de Varenne, pour préparer la riposte. Dans le reste du gouvernement on s'attend au pire, une nouvelle sortie au bazooka, ou une sortie tout court du gouvernement. Un responsable socialiste avoue à cet instant qu'il croise les doigts pour que les Verts n'allument pas un nouvel incendie dans la majorité.

Et là, que se passe-t-il ? Eh bien rien, ou presque !

Les responsables écologistes rejoignent tranquillement Matignon, à quelques pas de là, pour le traditionnel déjeuner des poids lourds de la majorité... Pas de murs qui tremblent, pas de portes qui claquent... Non, tout cela était même étrangement calme, un peu surréaliste, décrit un participant. Car la consigne passée chez les Verts a été très claire : " On n'est pas des ados attardés, on n'est pas dupes non plus", explique un responsable. "Si quelqu’un devait démissionner aujourd'hui, ce ne serait pas nous, mais bien le ministre du budget, Bernard Cazeneuve, c'est lui qui a été désavoué". Voilà donc pour la ligne officielle, qui a, bien sûr -on est quand même chez les Verts- connu quelques exceptions hier... Un Noël Mamère, qui vient de rendre sa carte du parti, expliquant que c'était le coup de grâce de trop pour les écologistes, un José Bové qualifiant de "minable" la décision de Matignon. Mais ce n'est pas allé plus loin, pas d'appel tonitruant au départ du gouvernement, non, cette fois, on peut même dire que la ligne Duflot, celle d'une participation durable au gouvernement a marqué des points...

Le plus surprenant, c'est que cette stratégie, plutôt écolo-réaliste, tient bon à l'approche du congrès des Verts, qui va se tenir dans un mois, et qui est habituellement propice à toutes les surenchères, de la part de l'aile gauche du parti... Chez les amis de Cécile Duflot, on a même fait les comptes. Sur les sept motions déposées à ce jour, qui donnent la température du parti, aucune ne réclame clairement le départ du gouvernement des deux ministres écolos... La journée d'hier aura donc été à double tranchant pour Cécile Duflot : désaveu écologique et petite victoire politique ou en tout cas stratégique. Finalement les Verts, connus comme les plus grands coupeurs de têtes du paysage politique, sont doucement en train de devenir un parti banal, presque comme les autres.

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.